Vœux à la presse

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Vendredi 24 janvier 2020.

Les journalistes que vous êtes, connaissent mieux que d’autres la réalité du terrain, la vie des habitants et de nos quartiers. Vous êtes, comme les élus locaux, en première ligne. Le récit que vous en tirez, fait bouger les lignes, et avancer les choses.

Je vous remercie d’être venus partager mes vœux à la presse.

Avant toute chose, j’aimerais parler des communes, de leurs rôles, et de leur avenir. Il y a matière à s’interroger et s’inquiéter. Que vont-elles devenir, dans cinq ans, dans dix ans ? De quelles marges de manœuvre financières bénéficieront-elles, pour déployer leurs politiques de proximité ? Quelles seront les conséquences pour les habitants, les territoires, pour le principe essentiel de libre administration, et pour la continuité territoriale ?

Ces questions sont la suite logique des mesures prises par les derniers gouvernements en date, des mesures d’austérité, de contraintes multiples, auxquelles les collectivités locales doivent faire face. Les baisses de dotation de l’Etat ont été un premier coup dur, que l’on est en mesure, aujourd’hui, de chiffrer. Les investissements communaux et intercommunaux, ont subi une chute inédite, et un recul historique.

L’austérité décrétée par le gouvernement, a contraint les maires à faire des économies sur les investissements. Par rapport au mandat précédent, les dépenses d’équipement ont en effet dégringolé de 16 milliards d’euros, sur l’ensemble du territoire ! Du jamais vu depuis la période… 1995-1997. Des équipements moins entretenus, des projets qui tombent à l’eau, des coûts de rabot sur les politiques sociales, culturelles, les conséquences sont nombreuses sur le terrain, et ce sont les habitants qui en payent le prix fort.

Les études présentées au Congrès des Maires de France, fin novembre, ont montré par ailleurs, un net ralentissement des dépenses des services à la population, sur l’ensemble du mandat, et ont tiré la sonnette d’alarme sur la contraction des dépenses de fonctionnement. A terme, elles pourraient peser sur le niveau des services offerts à la population.

A Vénissieux, la baisse de la part forfaitaire de DGF, la dotation globale de fonctionnement, a fait perdre à notre ville, plus de 6 millions d’euros, entre 2013 et 2019.
– 800 000€ par an en ce qui concerne le fonds d’amorçage des rythmes scolaires, après le passage à la semaine à quatre jours.

J’en parlais dernièrement aux vœux aux associations et personnalités, 6 millions d’euros, c’est l’équivalent de la moitié d’un groupe scolaire, c’est 18 mois de maintenance des bâtiments municipaux, 3 années de financement de l’ensemble des missions de sécurité, 2 années de fonctionnement de l’ensemble des crèches municipales, 10 années de fonctionnement d’une résidence de personnes âgées, etc. Nous avons donc été fortement impactés.

La contractualisation des dépenses de fonctionnement, que l’Etat a imposée implicitement, sous peine de sanctions, pose des problèmes de fond. Personne n’est dupe à ce sujet. Beaucoup de communes, pour être dans les clous, ont externalisé ou privatisé, certaines de leurs missions, des missions que l’on doit pourtant aux habitants. Dans l’hypothèse de non-signature, les sanctions pour Vénissieux se seraient élevées à plus d’1,5 million d’euros, sur la période 2019-2021, sans possibilité de bonus, pour la dotation de soutien à l’investissement local.

Cette contractualisation est également un frein à la mise en place de nouveaux services pour la population, dans la mesure où les communes sont tenues de rester, sous la barre de l’augmentation des dépenses de fonctionnement de 1,2% par an, 1,46% pour Vénissieux.

Or, aucune commune ne peut mettre en place des dispositifs, sans les hommes et les femmes des services publics, qui les font fonctionner. En clair, sous la contractualisation, on force les collectivités à se débarrasser de leurs compétences, et de leurs missions. C’est une perte de souveraineté inacceptable sur le fond, et une perte de services et de qualité de vie pour les habitants, qui deviennent les grands perdants, et les premières victimes des politiques d’austérité d’Emmanuel Macron, et de son gouvernement. On voudrait normaliser et aseptiser les missions de proximité des communes, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Entre les lignes, c’est aussi une façon de transférer la colère des citoyens, de l’Etat vers les collectivités territoriales.

Enfin, l’autre préoccupation majeure pour les maires, qu’ils soient de droite comme de gauche, concerne la perte de la taxe d’habitation. La taxe sur le foncier bâti des départements, est transférée aux collectivités locales. Un coefficient correcteur a été mis en place, pour combler le manque à gagner des communes. Sans l’application de ce dernier, je peux vous affirmer que nous aurions perdu, selon les simulations de nos services financiers, 6,1 millions d’euros de recettes, entre l’avant et l’après de la réforme.

De plus, à ce jour, nous n’avons aucune certitude que ce mécanisme de compensation soit maintenu, à moyen terme. Certains maires à l’AMF faisaient remarquer, que les communes perdantes, ne s’y retrouveront pas sur le long terme, car elles vont perdre une part du dynamisme de leur base fiscale. D’autres redoutent que les collectivités locales, pour rattraper les pertes, n’aient pas d’autre choix que d’augmenter très fortement, la taxe foncière. Là encore, c’est une façon de transférer la colère fiscale de l’Etat, vers les collectivités locales.

Aujourd’hui, les communes comptent moins de 50% de recettes propres, avec la perte de la taxe d’habitation, nous allons passer sous la barre des 40%. Leur autonomie financière, l’indépendance de leurs politiques de proximité, et le principe de libre administration, sont clairement dans le viseur des politiques gouvernementales. Cette organisation verticale de nos territoires, répondra moins aux attentes, besoins et priorités des Vénissians, qu’aux logiques marchandes et libérales. La vocation de la commune n’est pas de devenir une chambre d’enregistrement, mais de continuer à servir la cohésion sociale entre les habitants, et la continuité territoriale entre les différents quartiers d’une ville.

Les réformes du tandem Macron-Philippe, s’éloignent de cet objectif, au risque de fragiliser un peu plus encore le pacte républicain. C’est le modèle social français que l’on cherche à dépecer et démanteler, la réforme des retraites, avec l’ouverture à la capitalisation en lieu et place du système par répartition, en est le symbole affligeant. Toutes ces réformes guidées uniquement par l’argent, le privé et le profit immédiat, génèrent une colère profonde des Français, qui se sentent méprisés, et trahis à tout point de vue, par ce gouvernement.

Comment ne pas ressentir en effet, un sentiment de révolte et d’injustice totale, alors que la distribution des dividendes du CAC 40, a atteint des records en 2019, que les prix de l’immobilier ont flambé comme jamais, dans toutes les grandes villes, que le taux d’épargne populaire du livret A ne couvre même plus l’inflation. Notre société est fracturée, nos territoires morcelés, et le gouvernement continue de jeter de l’huile sur le feu, avec des réformes plus libérales les unes que les autres. Si on ne renoue pas très vite avec le fil de la solidarité nationale, nous allons tout droit au point de rupture.

C’est cette cohésion que nous avons renforcée, à Vénissieux, tout au long de l’année 2019. Par de nouveaux équipements, par la présence de nos services publics de proximité, par le renforcement de l’attractivité de nos territoires. Le chemin le plus direct porte un nom : l’intérêt général. L’investissement pour le plus grand nombre, et la maîtrise publique de l’enjeu sanitaire, ont prévalu pour notre nouvelle cuisine centrale, inaugurée en mars dernier.

5 960 enfants fréquentent la restauration scolaire, et chaque jour, plus d’un enfant sur trois, bénéficie de ce service. Avec nos tarifs, qui font partie des moins élevés de l’agglomération lyonnaise, avec la diversification alimentaire, que ce nouvel équipement a rendu possible, le choix du service public bénéficie aux familles vénissianes, et à la santé de leurs enfants.

Nous continuons d’accompagner la jeunesse, sur le chemin de la citoyenneté et du monde professionnel. La récente installation de la Mission Locale dans la Maison des Services Publics de Vénissy en est le symbole. Les nouveaux locaux offrent une bien meilleure visibilité, pour son équipe de 25 professionnels, pour les jeunes, et s’inscrivent dans une réelle dynamique de quartier.

En termes d’éducation, nous ne lâchons rien de notre ambition. La réhabilitation du groupe Pasteur, avec huit salles de classe supplémentaires, s’est achevée en 2019, pour un budget de plus de 2 millions d’euros. Au Charréard, le self est opérationnel, et les travaux pour la construction de l’extension de l’école maternelle, ont été lancés. Le coup d’envoi de la réhabilitation de l’école élémentaire Max Barel a été donné. D’autres opérations sont en cours, elles démontrent notre détermination politique, de faire de la jeunesse et des conditions de son apprentissage, une double priorité.

Deux polarités urbaines majeures, ont dynamisé notre territoire, l’année passée. L’ouverture d’Ikea a marqué le coup de départ de l’aménagement, tant attendu, de ce prochain lieu de vie du Puisoz-Grand Parilly. Pour Vénissieux, c’est une  nouvelle étape, qui consolide notre rôle pivot et incontournable, d’entrée sud de l’agglomération lyonnaise.

Mais je retiens également toutes les actions autour d’Ikea : les rencontres avec les associations vénissianes, les 57 000 heures d’insertion déjà réalisées sur le chantier, permettant à 179 personnes de mettre le pied à l’étrier, l’action Ville-Ikea, qui s’est soldée par le recrutement de 51 Vénissians.

Un autre grand projet urbain est entré dans une phase active, en 2019, avec le nouveau programme de rénovation urbaine Minguettes-Clochettes, qui nous amènera à l’horizon 2030-2035. En son cœur : la programmation de la démolition d’environ 500 logements vétustes, et de la reconstruction de 1 000 logements en locatif social, et privé, en accession abordable et en accession libre, dans de petits immeubles, à échelle et taille humaines. Sans oublier de mentionner des opérations de réhabilitation, qui touchent les 260 logements de la résidence Edouard-Herriot.

Les défis à relever sont clairs : désenclaver les quartiers entre eux, sur le plateau, réussir l’accroche et la jonction, avec le centre-ville et l’agglomération lyonnaise, améliorer la qualité des logements, et le cadre de vie des habitants. Réussir cette rénovation urbaine, cela signifie également, de garder l’identité du quartier, de gagner la bataille de l’emploi, et de garantir la présence des services publics.

Des drames insoutenables ont émaillé cette année 2019, liés à la violence routière, ou au trafic de stupéfiants, ce cancer qui ronge la vie des quartiers, et décime notre jeunesse. En matière de sécurité, je préfère l’action et la discrétion, aux discours de surenchère et d’instrumentalisation démagogiques.

Des événements graves se sont passés, j’ai donc demandé des renforts de police à l’Etat, pour répondre à la situation actuelle, rassurer les habitants, et inscrire les forces mobiles supplémentaires, de façon pérenne, au profit de notre ville.

Le risque zéro, en matière de sécurité, n’existe pas, mais c’est à nous de le réduire, à son plus petit dénominateur. Avec le commissaire et la police nationale, le procureur, le préfet, les bailleurs, Keolis, la police municipale, nous menons un travail de terrain considérable, et coordonné.

Depuis janvier 2019, à ma demande, Vénissieux expérimente le nouveau dispositif de police de sécurité du quotidien, avec l’arrivée de 30 policiers supplémentaires. Avec le commissaire, nous avons défini plusieurs axes : la lutte contre le trafic de stupéfiants, et plus largement, l’économie souterraine, l’occupation abusive des parties communes, et la réappropriation/sécurisation de l’espace public, la délinquance routière. C’est un travail de longue haleine qui est entrepris, face à ce fléau de l’économie souterraine, et d’une violence de plus en plus aveugle, à Vénissieux, comme partout sur le territoire français.

Les journalistes que vous êtes, connaissent mieux que d’autres la réalité du terrain, la vie des habitants et de nos quartiers. Vous êtes, comme les élus locaux, en première ligne. Le récit que vous en tirez, fait bouger les lignes, et avancer les choses. Il n’y pas de démocratie d’idées, sans un journalisme indépendant, averti, qui met en perspective les informations, ou alors nous basculerions dans une démocratie d’opinion, d’adhésion à l’air du temps, sans discernement aucun.

Entre la démocratie d’idées et la démocratie d’opinion, vous connaissez ma préférence : c’est celle du débat, dans le respect de la parole et de la personne, qui apporte sa contribution, à l’évolution de nos sociétés et de nos villes. Vos métiers sont passionnants, pas faciles non plus, tant les cadences de l’information s’accélèrent, tandis qu’une défiance généralisée, s’est répandue dans l’esprit de beaucoup. Il faut continuer, malgré tout, de chercher la vérité, et de nous donner tous les jours, des nouvelles du monde tel qu’il est. Nos libertés en dépendent.

Je vous souhaite, à vous, vos familles et vos proches, une excellente année 2020 et je vous remercie.