Ouverture du Festival Essenti'[Elles]

Voir toutes les actualités

Mercredi 6 mars 2019.

Y aurait-il eu le droit de vote, sans les suffragettes, Simone Weil sans Olympe de Gouges, si je bouscule l’histoire, c’est pour réaffirmer, ici, que le combat des femmes est avant tout, un combat de transmission, d’une génération à l’autre. Il n’aura jamais de fin, ce qui ne doit pas faire le jeu du découragement, mais de la mobilisation permanente, incessante, perpétuelle. De tout temps et dans tous les milieux, la femme a dû se battre, pour devenir visible.

Les êtres humains naissent libres et égaux, en droits et en dignité. Alors pourquoi distinguer, et parler plus spécifiquement, des droits des femmes ? Parce que certains sont plus égaux que d’autres apparemment, et que la notion d’égalité, par moments à géométrie variable, peut aussi être détournée, pour servir des intérêts particuliers, une forme de pouvoir ou de domination inconsciente, que la société porte en elle, et impose.

Voilà pourquoi le droit des femmes est le combat d’hier, d’aujourd’hui, et sera, à n’en pas douter, le combat de demain.

Y aurait-il eu le droit de vote, sans les suffragettes, Simone Weil sans Olympe de Gouges, si je bouscule l’histoire, c’est pour réaffirmer, ici, que le combat des femmes est avant tout, un combat de transmission, d’une génération à l’autre. Il n’aura jamais de fin, ce qui ne doit pas faire le jeu du découragement, mais de la mobilisation permanente, incessante, perpétuelle.

De tout temps et dans tous les milieux, la femme a dû se battre, pour devenir visible.

Au cœur même de la création, dans la musique, la peinture, la littérature, le mode majeur est réservé à l’homme, le mineur à la femme, quand celle qui compose n’est pas désignée comme « l’épouse de », la « fille de », la « maîtresse de », etc. Pour résumer, l’homme crée quand la femme procrée, et on en restera là, pendant des siècles.

Aujourd’hui, les discriminations restent tenaces, et les inégalités sociales criantes. Dans le monde du travail, dans la sphère privée, dans l’imaginaire collectif, la femme n’occupe pas la place qui devrait être la sienne, sur un pied d’égalité avec les hommes.

Commençons par le pire, les violences faites aux femmes, un fléau de société insupportable.

En 2017, 130 femmes ont été tuées par leur conjoint, ou ex-compagnon, soit près d’une tous les trois jours. C’est 7 victimes de plus qu’en 2016.

219 000 femmes ont subi des violences physiques, et/ou sexuelles, commises par leur ancien ou actuel partenaire intime. Moins d’une victime sur cinq, déclare avoir déposé plainte.

94 000 femmes majeures ont été victimes de viols, et ou de tentatives, sur une année. Des chiffres effrayants, effarants.

Lieu d’hébergement, aide aux associations, et mesures d’éducation dès le plus jeune âge, sont les réponses indispensables, pour lutter contre ces violences. On remarquera que notre ville a mis en place l’ensemble de ces mesures, sur lesquelles je reviendrai.

Dans une récente tribune, un collectif d’avocats ouvre de nouvelles pistes, en termes de droit. Pour eux, la défense des victimes passe par une formation renforcée des juristes, et une meilleure application de la justice. Ils proposent la constitution, dans le conseil national des barreaux, d’une spécialité « violences et discriminations contre les femmes dans la famille, l’espace public et dans le monde du travail ».

Il s’agit ici de mieux identifier les avocats, dont les femmes victimes de violences ont besoin, de briser la loi du silence. Moins d’une victime sur cinq porte plainte, ne l’oublions pas. Le collectif estime que l’ordonnance de protection, délivrée des dizaines de milliers de fois en Espagne, mais à peine un millier en France, permettrait de mettre en sécurité de nombreuses victimes.

Enfin, les avocats regrettent que la convention d’Istanbul, ratifiée par notre pays en 2014, ne soit pas assez intégrée dans le droit commun. Cette convention interdit, dans le cas de violences faites aux femmes, la résolution des conflits, par la conciliation ou la médiation.

Dans le cadre de la matérialité d’un acte sexuel, elle prévoit par ailleurs, la saisine immédiate d’un juge d’instruction, et tend à rendre impossible, le classement sans suite par le parquet. Tous les dispositifs n’ont pas été déployés, il nous reste des champs à investir, des droits à imaginer et à conquérir, pour trouver des solutions pérennes, à ce qu’il faut bien appeler, un enjeu de société majeur.

Cette année, pour sa 7ème édition, le festival Essenti’Elles va proposer de nombreux rendez-vous, tables rondes, spectacles, avec toujours ces entrées multiples de la création, la culture et la dimension sociale.

Un Festival n’a de sens, que s’il s’ouvre aux habitants, et aux jeunes tout particulièrement, dans le cadre d’une sensibilisation à la place des femmes, dans notre société et dans notre ville.

Cette année, l’affiche du Festival a été conçue et réalisée par 6 jeunes filles de l’EPJ Charréard/Max-Barel, accompagnées par le graphiste Abdelhak Aadil. Sur le visuel, un poing brise un mur, un mur de silence à n’en pas douter, et fait surgir les mots Inégalités, Harcèlements, Sexisme, Violences, Discriminations. C’est cette omerta qu’il faut combattre, et les enjeux sont donc multiples.

Outre l’affiche, la réalisation de photographies, avec des portraits de jeunes filles et des photos du territoire, par les femmes adultes, a été menée avec l’association Blick Photographie, une association reconnue d’utilité publique.

Sous le thème « des femmes dans l’espace public », ce travail en deux volets, avec une pratique de la photographie ancienne d’une part, et des ateliers «d’autoportraits de Vénissieux » d’autre part, a impliqué les 6 EPJ et la Maison de quartier. Une trentaine de jeunes, et de nombreuses femmes issues des différents quartiers de la ville, ont été concernées par ce projet Blick Photographie, conduit par l’artiste-photographe Malika Mihoubi.

Les droits des femmes, c’est aussi savoir se réapproprier l’espace, qu’il soit public ou privé, et la photographie en est l’outil formel approprié, comme art du lieu justement, et de l’instant présent.

Comme lors des Musicianes, et à chaque événement de la ville, je voudrais souligner la complémentarité de nos équipements, et l’investissement de nos agents, pour le succès de nos manifestations. La Médiathèque, le Cinéma Gérard Philipe, le théâtre, le Centre associatif Boris Vian, sont mobilisés, et accueillent pour cette 7ème édition, des expositions, tables rondes, des performances artistiques, projettent des films et organisent des concerts.

C’est le fruit d’une double détermination : développer des politiques publiques de proximité culturelles et sociales ambitieuses, et savoir qu’en les renforçant, on renforce les droits des femmes. Il faut des marqueurs forts, comme le festival Essenti’Elles, des rendez-vous qui sensibilisent, interrogent, et qui se prolongent dans des actions de terrain.

Notre ville défend les droits des femmes, par des actions répétées et préventives, par des campagnes de sensibilisation, pour interroger les jeunes sur les rapports filles-garçons, par la présence de nos services publics de proximité.

Le conseil municipal enfants, le BIJ, nos équipements culturels, nos ateliers d’arts plastiques, les centres sociaux, le collectif femmes de Vénissieux, le CABV, la Maison de Quartier Darnaise, les associations, l’Éducation nationale, tout le monde se mobilise, et effectue un travail de proximité remarquable.

Un exemple parmi d’autres, dans le cadre du sport féminin : nos appels à projet La preuve Form’elle ont porté leurs fruits. Le nombre de pratiquantes a fortement augmenté sur la ville : 42% en 2012 ; 47% en 2015, une hausse constatée sur le Plateau des Minguettes, avec 22% en 2012, et 37% en 2015.

Avec le Sytral, nous nous sommes engagés contre le harcèlement dans les transports en commun, avec la marche des ambassadrices, auxquelles des Vénissianes ont participé. A l’intérieur des bus, aux arrêts, lors de leurs trajets, c’est le regard des femmes qui a été pris en compte, et des réponses concrètes ont pu être apportées, en termes d’aménagement, d’éclairage public, etc.

Agir contre les violences faites aux femmes, c’est agir au plus près de la réalité, dans nos rues, nos quartiers, dans toutes nos communes.

En parler est une condition nécessaire, mais pas suffisante : notre ville a donc pris des mesures fortes, en mettant à la disposition des victimes un logement, et en prenant en charge la moitié du financement d’une intervenante sociale, au commissariat, un premier accueil essentiel, pour orienter et rassurer la victime.

Je rappelle la convention passée entre la Ville de Vénissieux et l’association VIFFIL-SOS FEMMES, qui nous permet d’accompagner 25 femmes vénissianes, victimes de violences conjugales, aussi bien sur le pôle accueil-écoute, que sur le pôle logement-hébergement.

L’éventail des actions menées à Vénissieux, montre une chose : le droit des femmes commence au plus près des politiques publiques de proximité, et ce sont ces dernières qui renforcent le droit des femmes au quotidien. Sans le prolongement sur le terrain, la portée du texte de loi restera limitée, voire inefficace.

L’exemple du monde du travail est à ce titre éloquent : plusieurs lois d’égalité salariale ont été adoptées en France, mais dans les faits, le revenu des femmes reste inférieur de 24 %, à celui des hommes, selon l’Insee.

Et en raison des différences de carrières, les femmes partent en moyenne à la retraite, un an plus tard que les hommes, avec des droits à la retraite, inférieurs de 42 %. Il y a bien là une forme de limite ou d’impuissance de la loi, que les derniers gouvernements en date, ont par ailleurs transformée en totale contradiction.

En effet, comment décréter les droits des femmes priorité nationale, quand dans le même temps, l’Etat inflige aux associations et aux collectivités locales, ses politiques d’austérité dévastatrices ? Moins de dotations, moins de subventions, cela signifie sur le terrain, moins de droits des femmes, moins d’attention, moins de sensibilisation, moins d’ambition.

La politique, ne l’oublions pas, est avant tout une affaire de volonté. Dans un siècle où les discours réactionnaires trouvent un écho inquiétant, il est bon de rappeler, que le combat pour les droits des femmes, est un combat permanent, un combat d’ici et maintenant, un combat des hommes et des femmes réunis, soudés par un idéal progressiste, celui d’une société plus juste, et plus ouverte.

Ce combat-là, c’est celui de Vénissieux, et c’est le nôtre.

Je vous remercie.