La sécurité sociale a 75 ans

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Le 19 octobre 2020

Fondée par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945, imaginée par le Conseil National de la Résistance, portée par le ministre du travail communiste, ancien ouvrier et syndicaliste, Ambroise Croizat, elle est la pierre fondatrice et angulaire du modèle social français depuis l’après-guerre jusqu’à nos jours.

La sécurité sociale a 75 ans, mais elle reste toujours aussi jeune, toujours aussi moderne. Fondée par les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945, imaginée par le Conseil National de la Résistance, portée par le ministre du travail communiste, ancien ouvrier et syndicaliste, Ambroise Croizat, elle est la pierre fondatrice et angulaire du modèle social français depuis l’après-guerre jusqu’à nos jours. Sous le CNR, l’ambition était « d’assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ». Ambroise Croizat poussait un peu plus loin ses réflexions en précisant que le nouvel outil qu’il allait créer serait en mesure « de mettre fin à l’obsession de la misère » et qu’il conviendrait désormais que « chacun cotise selon ses moyens et reçoive selon ses besoins ». La dimension n’est pas seulement progressiste, mais universaliste. La sécurité sociale, c’est le souffle d’une justice sociale conquise de haute lutte. A son application, pour les Français, le changement est radical. Des millions de salariés découvrent la possibilité de se soigner, d’aider leur famille, de partir à la retraite après une vie de travail. C’est une révolution sociale immense, à une époque où les ouvriers et les plus modestes ne bénéficiaient d’aucune protection.

Aujourd’hui, la sécurité sociale est là, toujours aussi nécessaire et indispensable à la cohésion de notre pays. Les crises économiques, aujourd’hui la pandémie du Covid-19, montrent à quel point elle sait jouer son rôle d’amortisseur social, cet amortisseur que les modèles libéraux cherchent à détruire, conditionnant ainsi l’accès aux soins aux moyens financiers des familles et instaurant de fait une sélection par l’argent dans le domaine de la santé.

Notre sécurité sociale est une propriété collective, un bien commun, un fil conducteur qui relie toutes les générations. Elle nous appartient. Les attaques dont elle fait l’objet, les réformes successives des différents gouvernements sur son financement éclairent les intentions et volontés du privé de mettre la main sur ce qu’elle considère comme un marché. Ils veulent faire de nos santés, de nos retraites, de toutes nos solidarités des profits et des dividendes. Depuis le début de cette crise sanitaire, on a pu mesurer l’ampleur des dégâts provoqués par les politiques libérales dans le milieu hospitalier. Le système profondément injuste de la tarification à l’activité dans son financement a fragilisé tout l’ensemble de l’édifice, auquel se sont ajoutés le manque d’effectifs et  un nombre de lits toujours insuffisant. Pourquoi continuer de mettre les établissements en concurrence entre public et privé alors que dans la santé c’est bien la complémentarité qui doit primer ?  Le Ségur n’a pas répondu aux attentes du personnel hospitalier. Les problèmes structurels restent entiers : recrutements et lits insuffisants, conditions de travail des soignants qui continuent de se dégrader. Après la première vague du Covid-19 ce printemps, 57% des infirmiers déclarent être en situation d’épuisement professionnel. Désabusés, dépités, à bout de souffle, 37% d’entre eux songent même à quitter l’hôpital et changer de métier.

L’avenir de la sécurité sociale est entre nos mains, dans nos mobilisations et dans notre refus de céder à sa financiarisation. Célébrer les 75 ans de la sécurité sociale aujourd’hui, c’est perpétuer et faire vivre l’idée universaliste de ses créateurs, celle d’une solidarité nationale et collective opposée à une société des intérêts privés et particuliers. Ce combat-là n’est pas daté, ni derrière nous. Il nous appartient, et de notre capacité à nous rassembler et à refuser une vision libérale de notre société dépendront la pérennité et la force de nos droits les plus universels.