Journée nationale de la Résistance

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Vénissieux se souvient… Ce 27 mai 2021, de nouveau les contraintes sanitaires nous empêchent de nous rassembler. Cependant, avec Roger GAY, président départemental de l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (ANACR) et secrétaire général de l’Union française des associations de combattants et de victimes de guerre (UFAC), Jacqueline SANLAVILLE, membre de l’ANACR, Michèle PICARD, maire de Vénissieux et vice-présidente de la Métropole de Lyon, a déposé en cette fin d'après-midi une gerbe au pied du monument de la Libération, parc Louis-Dupic, en présence de Maxime KYRSZAKRaymond LOISON, et Thomas Meras, porte-drapeaux.

« Un rassemblement de libertés dans une école de liberté ». Cette phrase est de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, résistant et historien. Elle résume parfaitement l’état d’esprit des résistants de la France libre de 1940 et la nature du verbe résister. Ce dernier ne se conjugue ni au passé, ni au futur, il se vit au présent. Chaque crise nous apprend beaucoup sur nous-mêmes, sur le degré de cohésion de nos sociétés. Ne comparons pas ce qui n’est pas comparable entre la France d’aujourd’hui et la France de la seconde guerre mondiale, mais la pandémie actuelle a modifié nos comportements et  nos résistances.

Résister contre la peur de la contamination, résister contre le repli et le rejet de l’autre, résister par moments contre ses penchants naturels. Car résister, ce n’est pas simplement dire non pour dire non, c’est construire un autre monde et d’autres solidarités. La crise sanitaire nous en a donné de nombreux exemples. C’est aller vers l’autre, vers les familles les plus démunies, vers les personnes âgées isolées. C’est aider ceux qui se retrouvent en première ligne, le personnel hospitalier et médical, les hommes et les femmes qui ont permis à notre pays de maintenir une activité économique et sociale indispensable. C’est se soucier de l’autre quand tout ce qui nous entoure devient anxiogène, quand l’égoïsme devient la règle, quand le risque est là, invisible mais bien réel. Résister, c’est choisir le monde qu’on veut habiter et auquel on aspire.

En France, notre socle et notre imaginaire collectifs sont marqués par la résistance de tous ceux qui se sont engagés contre la présence allemande sur notre territoire et la collaboration du régime de Vichy. Cette résistance n’est pas un mythe, elle est là dès juin 40, embryonnaire, fragile, à Londres, sur l’île de Sein, dans la conviction des hommes et des femmes que le discours du maréchal Pétain écœure et blesse, le 17 juin 40. A sa diffusion, on pense aux réactions physiques de Germaine Tillion, qui est prise de vomissements, ou de Daniel Cordier, futur secrétaire de Jean Moulin, en pleurs dans sa chambre. Cela montre combien l’émotion, la représentation des valeurs de son pays et le refus de la compromission ont été la première étincelle, le premier pas vers la Résistance, sans calcul, sans filtre, une bascule directe et brutale vers l’inconnu. Une autre vie a commencé, dans la plus infime minorité, dans la clandestinité, dans la peur d’être dénoncé, trahi, d’être arrêté par les milices de Pucheu, torturé, déporté, tué. Une autre vie a commencé, portée aussi par l’espoir et cette soif de liberté. Ce que les uns et les autres ont mis dans la balance, c’est leur propre vie et la vie de leurs proches, un choix existentiel, au-delà même de la notion de courage ou de bravoure.

Le terme « des Résistances » serait même plus approprié que la Résistance en tant que bloc unique. Car ce qui frappe en premier lieu, c’est la formidable diversité des mouvements. Le corps de la résistance est un corps multiple, mais soudé par un idéal. Il y a les résistants déportés et non déportés, il y a les résistants français et immigrés, il y a des communistes et des gaullistes, des socialistes et des syndicalistes, des hommes de droite comme des progressistes. Il y a les résistants juifs et les justes, il y a des femmes aussi, beaucoup plus qu’on ne le croit. Diversité des catégories sociales avec des ouvriers, des paysans, des enseignants, des fonctionnaires, des militaires, mais aussi des membres du clergé… La Résistance est une mosaïque sociologique et d’addition dans le temps : les résistants de 40, des maquis et de la première heure, les résistants du cœur de l’hiver 42-43, qui donne au mouvement son caractère social et national, ou plus tardivement encore de l’été 44.

Dans cette école de liberté, le rôle des femmes, considérable, mettra du temps à être éclairé. La représentation de la Résistance et son récit dans les manuels d’histoire resteront pendant de longues années presque exclusivement masculins. Elles furent nombreuses pourtant à éditer des journaux, cacher des clandestins ou des enfants juifs, saboter des voies, rejoindre le maquis en participant également à des opérations armées. Comment expliquer dès lors la relégation qui les frappe à la sortie de la guerre ? Elles ne sont que 5, oui, 5 sur plus de 1000 décorés des Compagnons de la Libération ! 5% de femmes seulement parmi les Médaillés de la Résistance, 12% dans le cadre des Combattants Volontaires de la Résistance. Jusqu’à la fin des années 70, les résistantes ne représentaient en moyenne que 2 à 3% des noms cités dans les ouvrages consacrés à la Libération. Des pans entiers du rôle des femmes dans la Résistance restent dans l’ombre.

A la mi-mai, le journal Le Monde relatait l’histoire méconnue des « Merlinettes », un millier de françaises qui ont répondu à l’appel du général Merlin dans le service des transmissions. Envoyées à l’arrière des lignes allemandes en zone occupée, pourchassées par la Gestapo, elles sont chargées de recueillir les informations des agents spéciaux et des résistants. Missions à haut risque qui les amènent à participer activement à la libération de la Corse en février 44 et au débarquement en Provence. Certaines d’entre elles seront capturées, fusillées ou déportées.

Cette journée de la résistance nous donne l’occasion de nous interroger sur les valeurs républicaines que tous les résistants, le CNR en premier, nous ont léguées, la liberté et la démocratie qu’ils nous ont restituées. Sommes-nous, à travers nos solidarités et nos humanités, à la hauteur de leurs engagements et de ce combat immense ? Notre modèle social est le résultat de leur résistance, une résistance de tous les instants, au prix de la vie bien souvent et de sacrifices que l’on peine à imaginer. Résister pour bâtir un autre monde, une question qui résonne à travers l’histoire, mais qui s’écrit bel et bien parmi nous et devant nous. Je vous remercie.