Journée nationale de la Résistance

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Lundi 27 mai 2019.

Cette journée de la Résistance est capitale, dans la longue chaîne des transmissions, qu’il nous faut partager avec les jeunes générations. Bien sûr, toute la France, n’a pas été résistante dès la première heure, mais les initiatives isolées de l’année 1940, montrent que toute la France, n’était pas pétainiste non plus. Cette histoire-là, c’est l’histoire d’un effondrement national, auquel va répondre l’histoire de l’engagement individuel, minoritaire, puis grandissant, année après année.

« C’est en soi. Ça s’est imposé à moi. Ça a jailli comme l’amour ».

Il y a quelque chose d’irrésistible dans cette phrase, et en même temps, une vérité simple et profonde, comme s’il y avait un enfant, au fond de chaque résistant, une insouciance plus forte que tout, une légèreté au milieu de la peur, et des risques à venir.

L’auteur de cette phrase est Claude Lepeu. Rien ne le prédestinait plus qu’un autre, à devenir résistant, de la première heure.

Jeune bourgeois du 16ème arrondissement de Paris, entré en prépa HEC, pourquoi Claude Lepeu irait-il compromettre un avenir tout tracé, en montant à bord d’un cargo, qui part rejoindre l’Angleterre le 21 juin 40 ?

Trois jours avant, en écoutant le discours de Pétain, favorable à la fin des combats et à l’armistice, Claude Lepeu n’avait peut-être pas tout analysé de la situation, mais déjà pressenti le pire.

« Qu’est-ce qui m’a poussé ? », se souvient-il, « je crois que c’est de risquer de ne plus être libre.

Ceux qui sont restés, je ne les juge pas, mais je n’ai jamais compris, qu’ils croient en Pétain ».

Cette journée de la résistance, j’aimerais la placer, sous le signe de l’espoir, et de la mémoire. Il n’y a pas une résistance, mais des résistances.

Dans l’histoire de notre pays, celle qui traverse la période 1939-1945, a marqué notre imaginaire collectif de façon indélébile, et occupe une place unique.

Les voix de cette résistance-là, sont encore parmi nous, mais leur nombre s’amenuise.

Les compagnons de la Libération, ordre créé par de Gaulle fin 1940, étaient 1032 hommes et 6 femmes, 6 femmes seulement, peut-on dire aujourd’hui. Ils ne sont plus que quatre aujourd’hui, dont je tiens à citer les noms : Daniel Cordier, secrétaire de Jean Moulin, Hubert Germain, Pierre Simonet, Edgar Tupët-Thomé.

Je vais commencer par une anecdote, un premier repas à Lyon, entre Jean Moulin et Daniel Cordier. « Vous étiez donc à Londres, pour faire la guerre. Pourtant, quand vous êtes arrivé, la guerre était finie », dit Jean Moulin. Ce à quoi Daniel Cordier rétorque : « Non, la guerre n’était pas finie.

 Elle a été perdue, donc il s’agissait de la gagner ». Ne pas céder à l’inéluctable, ne pas se résigner, y croire, et vouloir changer le cours des choses, voilà peut-être le socle commun qui a réuni une résistance en forme de mosaïques.

Il y a celle de la première heure, qui fait tout pour rallier l’Angleterre, ou l’Afrique du Nord.

Comment ne pas citer, les 129 pêcheurs de l’Ile de Sein, qui décident collectivement, dès juillet 40, de quitter la France de Pétain, pour traverser la Manche.

Il y a ces cinq jeunes amis, réfugiés dans la Somme, qui partent vers Londres, sur deux canoës : 30 heures de traversée, sur des eaux déchaînées, mais la liberté et l’insoumission sont à ce prix.

Il y a ce breton de 19 ans, détenteur de brevets de pilote, et de mécanicien-avion. Maurice Halna du Fretay est prévoyant.

En octobre 39, il démonte son avion, transporte les pièces chez lui, range les instruments de bord dans sa chambre, cache le train d’atterrissage et l’hélice, dans le grenier, pose les ailes en bois, sur les poutres d’une grange. Après avoir remonté son bimoteur, le 15 novembre 1940, il décolle de la France, et rejoint les Forces Aériennes Françaises Libres.

Le natif de Bretagne, périra en mer avec son bombardier, en août 42.

Après l’invasion de la zone Sud, des filières pyrénéennes, par des cols à plus de 2500 mètres, permirent à plusieurs milliers de personnes, de rejoindre Madrid, Lisbonne, en quête d’un bateau pour Londres.

Ces récits peuvent paraître irréels, incroyables, ils sont pourtant des centaines, des milliers, symboles d’hommes et de femmes, portés par l’idéal de liberté, d’une France libre et Républicaine.

Ils incarnent aussi, une valeur à laquelle on ne pense pas en premier lieu : l’optimisme.

Souvenons-nous des propos, de Raymond Aubrac : « Il faut être optimiste, c’est cela l’esprit de résistance. On ne le dit pas assez. Tous les gens qui se sont engagés dans la Résistance, ou avec le général de Gaulle, ce sont des optimistes, des personnes qui ne baissent pas les bras, qui sont persuadées que ce qu’elles vont faire va servir à quelque chose. »

La Résistance, c’est aussi la force collective, associée à la force des différences. Il n’existe pas, de profil type de résistant, en France métropolitaine. Beaucoup sont issus des classes populaires, et ouvrières. Les syndicalistes, communistes, francs-maçons et socialistes, sont les premières cibles du régime de Vichy, et des milices de Pucheu.

A Paris, des premiers réseaux se constituent, parmi les étudiants ou les intellectuels, comme l’organisation du Musée de l’Homme.

Des pionniers de la Résistance, se recrutent également, dans des milieux de droite : notables, médecins, hauts fonctionnaires.

La situation de la France, coupée en deux, est aussi à l’origine, d’un développement différent de la Résistance. Dans le Nord, et la zone occupée, l’hostilité à l’occupation allemande, est très marquée. Des structures se mettent donc en place, très rapidement, pour exfiltrer en Angleterre des prisonniers de guerre, ou des soldats alliés, bloqués dans la poche de Dunkerque.

Dans le Sud, et la zone libre, l’organisation de la résistance y est plus tardive, même si de petites cellules se créent ici ou là. Dès 1941, l’ensemble des forces communistes bascule dans la Résistance. Des organisations d’autres sensibilités politiques voient le jour à l’échelle d’un département ou d’une région.

Pour être plus efficaces, ces mouvements se rapprochent les uns des autres, les mouvements de la zone Sud vont ainsi fusionner au sein des Mouvements Unis de Résistance.

La loi de septembre 42, sur le service du travail obligatoire, va faire basculer beaucoup de jeunes, dans l’opposition au régime de Vichy, et alimenter la Résistance dans les maquis. La Résistance Intérieure franchira un cap, une fois que Jean Moulin, parviendra à l’unifier.

Au terme de ces étapes successives, s’ébauche un gouvernement clandestin, bras armé de la libération du pays, et laboratoire de notre modèle social français : le CNR, conseil national de résistance.

C’est lui qui dessinera l’après-guerre de la France, et c’est au cœur de ses avancées progressistes, que nous vivons encore, : plan complet de sécurité sociale, établissement d’une démocratie plus large, nationalisation des grands moyens de production, reconstitution d’un syndicalisme indépendant, droit au travail, et droit au repos, réajustement des salaires, etc…

N’oublions pas d’où vient notre modèle social, et n’oublions pas de le défendre, quand le libéralisme veut le mettre à bas, pour le seul profit de quelques-uns !

Dans l’imaginaire collectif de la France, le grand récit de la Résistance, est longtemps resté, une histoire écrite par les hommes. C’est une vision tronquée, et parcellaire. Le rôle des femmes, et des français immigrés, est considérable.

Au sein des FTP-MOI, des Espagnols, Italiens, Polonais, Yougoslaves, Allemands, Roumains, Arméniens, Bulgares, Hongrois, immigrés ashkénazes, et apatrides étaient réunis, pour le combat d’une France libre. Sabotages de voies ferrées, d’usines, sabotages de dépôts de matériel allemand, attaques de convois allemands, ces étrangers se sont battus, sur le sol français avec courage.

Tout comme les tirailleurs sénégalais, marocains, tunisiens et algériens, qui paieront un très lourd tribut, pour la défense de la liberté, et la renaissance de la France républicaine.

En pleine lumière, ou en coulisses, dans les maquis ou à Paris, les femmes luttent avec âpreté, et leur combat est double : contre l’occupant, et contre les lois scélérates et humiliantes, sur la condition féminine adoptées par Vichy.

L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, ne répare pas simplement une injustice, elle met des noms de femmes sur les absences d’un récit national tronqué.

Lucie Aubrac, Lise London, Olga Bancic, Berthie Albrecht, Danielle Casanova, Elsa Triolet, Cécile Rol-Tanguy, femmes du Nord, femmes basques, corses, bretonnes, femmes immigrées, leur rôle dans la lente marche, vers la libération de notre pays, ne peut être dissocié, de celui des hommes.

Cette journée de la Résistance est capitale, dans la longue chaîne des transmissions, qu’il nous faut partager avec les jeunes générations.

Bien sûr, toute la France, n’a pas été résistante dès la première heure, mais les initiatives isolées de l’année 1940, montrent que toute la France, n’était pas pétainiste non plus. Cette histoire-là, c’est l’histoire d’un effondrement national, auquel va répondre l’histoire de l’engagement individuel, minoritaire, puis grandissant, année après année.

Un homme dit non, puis dix, puis cent, puis mille, puis c’est l’espoir qui se lève, et le possible qui prend forme. Jalonnée de drames, l’histoire de la Résistance demeure néanmoins, une histoire positive, une histoire de courage par les actions menées, par la libération obtenue et par la naissance du modèle social, qui allait suivre.

Il nous faut l’enseigner, et la diffuser au plus grand nombre, car elle porte en elle, une part de nos engagements présents, et sème déjà nos engagements futurs.

Je vous remercie.