Journée nationale à la mémoire des victimes de la déportation

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26 avril 2020

Vénissieux se souvient…

Dans le contexte de crise sanitaire, les cérémonies de commémorations ne peuvent être organisées. Cependant, Michèle Picard, accompagnée d’un représentant de la Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes, ont déposé une gerbe ce dimanche 26 avril 2020, au pied du mur de la Déportation du nouveau cimetière de Vénissieux.

 

Nous traversons aujourd’hui une période douloureuse, éprouvante, tragique pour bon nombre de familles qui perdent un proche, sans pouvoir le voir ni l’accompagner. Cette grave crise sanitaire modifie en profondeur nos comportements individuels, collectifs, et notre vision du monde. L’avenir devant nous s’ouvre sur l’inconnu. Malgré la crise, malgré l’anxiété et la peur, le devoir de mémoire s’impose à nous. C’est ce devoir qui nous rend plus humains. Se souvenir, c’est chercher dans l’histoire aussi bien des interrogations que des réponses, mais c’est aussi le gage d’entrer dans l’avenir plus éclairé et plus lucide à l’aune des épreuves passées et à venir.

La pandémie actuelle nous contraint à commémorer la journée nationale à la mémoire  des victimes de la déportation, sans rassemblement, ni échanges entre les générations. Il nous faut néanmoins la marquer, ne pas la rendre invisible.

L’Holocauste, c’est 6 millions de victimes dont près de 3 millions dans les chambres à gaz. Auschwitz : 1 million. Treblinka : 800 000. Belzec : 434 508. Sobibor : plus de 150 000… Pourquoi ces hommes, ces femmes, ces enfants ont-ils été assassinés ? Parce qu’ils étaient juifs. Parce qu’ils étaient tziganes. Parce qu’ils étaient communistes, socialistes, syndicalistes. Parce qu’ils étaient résistants.  Parce qu’ils étaient homosexuels. Parce qu’ils étaient handicapés. Parce qu’ils étaient dits « asociaux ». Parce qu’ils étaient des hommes de chair et de droits, que le pire régime de la civilisation humaine, le 3ème Reich, a niés, humiliés et anéantis. Le nazisme n’a répandu que du sang derrière lui, fruit de la haine que l’extrême droite a propagée tout au long de son histoire. Il a industrialisé la mort, poussant les limites de la barbarie jusqu’à l’effroi, jusqu’à l’inimaginable, jusqu’à l’innommable. « On a inventé au cours des siècles des morts plus cruelles, mais aucune n’a jamais été aussi lourde de mépris et de haine », résonnent, aujourd’hui comme hier, les mots terribles de Primo Lévi. Oui, ce 26 avril 2020, il faut se rappeler les chambres à gaz et les fours crématoires, les massacres sans commune mesure de l’opération Barbarossa et les expériences scientifiques pratiquées sur les corps des déportés et des femmes de Ravensbrück. Il faut se rappeler les marches de la mort et le ciel d’Auschwitz.

Cette commémoration sans présence physique doit nous inviter à poursuivre nos réflexions par nous-mêmes, à travers la littérature notamment. Lire ou relire Primo Levi, Jorge Semprun, Imre Kertész, tous survivants des camps, c’est entrer par les regards, les sensations, par le corps, par les sens et la psychologie, dans la réalité concentrationnaire, qui broie l’individu dans sa dignité et l’expression de ses libertés. D’autres œuvres, peut-être moins connues, méritent que l’on s’y attarde. Je pense à Aharon Appelfeld, Leïb Rochman (A pas aveugles de par le monde), Edgar Hilsenrath et son provocateur Le nazi et le barbier, au formidable travail sur la transmission de la mémoire d’Amir Gutfreund dans Les gens indispensables ne meurent jamais, à David Grossman dans Voir ci-dessous : amour. Plus près de nous, il y a Philip Roth et son Opération Shylock, Les Bienveillantes de Jonathan Littell, l’impossibilité de se reconstruire chez Isaac Bashevis Singer. En France, les romans de Patrick Modiano ou encore de Laurent Binet ont eux aussi marqué les esprits. Cette liste n’est pas exhaustive, encore moins une injonction de lectures, elle est avant tout une invitation. Une invitation à se souvenir et à ne jamais oublier.