Journée de la Laïcité

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Lundi 9 décembre 2019.

Sensibiliser à la laïcité, c’est s’ouvrir à l’autre dans sa singularité, dans ce qu’il a de différent, c’est respecter autrui pour ce qu’il est, et construire une communauté ouverte et éclairée.

Il y a des principes que l’on croit inaltérables, intangibles, gravés dans le marbre. Vivre en démocratie, vivre avec sa liberté de conscience et de pensée, vivre dans le respect de l’autre sous la laïcité.

L’histoire nous a montré, que des coups de butoir soudains, peuvent mettre à terre les droits les plus universels, en un rien de temps. Il nous faut donc transmettre, les valeurs fondatrices du vivre ensemble dès le plus jeune âge, car elles ne sont pas innées mais acquises, et plus fragiles qu’on ne croit. La démocratie, cela s’apprend et c’est la raison pour laquelle, j’ai tenu à créer le Conseil Municipal Enfants.

La laïcité aussi, elle fait partie de ces principes, qui nécessitent une approche pédagogique, un principe à cheval entre une nature conceptuelle, une façon de vivre en bonne intelligence, et un usage pratique dans notre société.

Sensibiliser à la laïcité, c’est s’ouvrir à l’autre dans sa singularité, dans ce qu’il a de différent, c’est respecter autrui pour ce qu’il est, et construire une communauté ouverte et éclairée.

Pour la 7ème année consécutive, notre ville et les Délégués Départementaux de l’Education Nationale se sont associés, pour continuer de semer et faire grandir l’esprit de la laïcité, dans les écoles publiques de Vénissieux. Je tiens vraiment à remercier, les inspectrices des trois circonscriptions de notre ville, les enseignants et tous les écoliers qui se sont impliqués, dans cette édition 2019.

Le travail que nous avons engagé auprès des enfants s’inscrit dans la durée, dans ce temps long de la sensibilisation, de l’apprentissage, au cours duquel se construit chez l’enfant une vision enrichie, et plus complexe, du monde qui l’entoure.

Lors de l’édition 2018, ce sont 1636 enfants qui ont participé, et dessiné pour la Laïcité, soit 80 classes pour 19 écoles inscrites. Cette année, 15 écoles (91 classes participantes) ainsi que le Conseil Municipal d’Enfants, et la Maison de l’Enfance Louis Pergaud, soit 1774 enfants, se sont engagés dans ce travail de sensibilisation, autour de la laïcité.

Quand la forme rejoint le fond, on peut imaginer que les souvenirs de cette journée laisseront des traces, plus profondes encore dans l’esprit de chacun des jeunes acteurs. La forme utilisée, autour de laquelle les écoliers ont travaillé, nous vient du Japon, et porte le nom de Kamishibaï. Il s’agit d’une méthode ancestrale de transmission de récits ou contes, en images dans des petits théâtres ambulants, où les acteurs narraient une histoire, en faisant défiler des illustrations, devant les spectateurs. Les supports en bois ont été fabriqués par les DDEN, les enfants se sont chargés de la narration, en rédigeant de courtes histoires liées à des questions précises.

Comment faire vivre la laïcité au quotidien dans les classes ?

Comment aider les enfants à vivre ensemble, malgré leurs différences ?

Les filles et garçons peuvent-ils avoir les mêmes envies, désirs, passions ?

4 à 10 planches, selon les techniques d’arts plastiques, ont été créées pour illustrer ces histoires. Ces œuvres sont exposées à la Médiathèque, jusqu’au 20 décembre, avant d’être restituées aux différents groupes scolaires. Toutes les écoles de Vénissieux, auront entre-temps la possibilité de visiter l’exposition.

Comment expliquer la laïcité aux enfants ? Par la création et l’appropriation d’un récit, c’est une voie pédagogique stimulante et adaptée.

La confusion a tellement été entretenue, ces dernières années autour de cette notion, pour certains à des fins opportunistes voire partisanes, qu’il faut aller au plus direct et au plus simple. Il y a des principes qui protègent, et d’autres qui interdisent.

La laïcité est un principe qui nous protège. Elle n’est pas non plus, une religion de l’anti-religion, pas plus qu’elle ne signifie une société « sans religion ». Elle ne stigmatise pas, ni ne montre du doigt telle ou telle confession. C’est un instrument de concorde, pas de discorde.

« Le cadre laïque se donne les moyens, de faire coexister sur un même territoire, des individus qui ne partagent pas les mêmes convictions, au lieu de les juxtaposer, en une mosaïque de communautés fermées sur elles-mêmes, et mutuellement exclusives », rappelait à la tribune de l’assemblée constituante, le député et résistant André Philip en 1945. C’est à ce cadre que nous devons nous attacher, un cadre de respect et de séparation, entre l’espace privé et l’espace public, un cadre qui garantit la liberté de culte, sans prosélytisme, et le respect mutuel entre croyances et convictions, entre croyants et non croyants, entre les confessions elles-mêmes. Plus que la tolérance, qui peut être interprétée, comme une forme d’acceptation malgré tout ou à notre insu, il s’agit bien et avant tout de respect, terme qui me paraît plus adapté, quand on parle de laïcité.

Il me semble également important de rappeler, qu’aucune société ne naît laïque, mais le devient, comme en France. C’est une marche en avant de l’histoire. Pour faire vite, il y a Voltaire et 1789, les deux grandes lois du 28 mars 1882 et du 30 octobre 1886, instituant respectivement, dans l’École publique, la laïcité des enseignements et celle des personnels, et bien sûr, la loi de 1905, qui acte la séparation de l’église et de l’Etat.

En clair, l’opinion spirituelle relevant de la conscience individuelle, la loi empêche l’influence du religieux, dans les espaces politiques, administratifs, publics, comme l’école bien sûr.

Cette organisation de la société, est un choix voulu, inscrit à travers les siècles, et la volonté des hommes en France, qui figure dans le préambule de la constitution du 4 octobre 1958. C’est un travail d’ancrage que nous menons, avec les délégués départementaux de l’éducation nationale.

La laïcité est un texte, une loi, une volonté, et un moyen de vivre ensemble, mais elle ne prend racine que si on l’accompagne au quotidien, et au plus près du terrain, des habitants. Il n’y a pas de laïcité de salon, mais une laïcité de tous les instants.

C’est ce message de respect, et d’ouverture d’esprit, que notre ville porte avec l’éducation nationale, avec notre commission laïcité et vivre ensemble, avec les enfants de nos écoles, les EPJ et les associations.

Le rôle des collectivités locales est fondamental, mais il ne saurait se substituer à la détermination, et à la nature régalienne de l’Etat.

Régis Debray, philosophe et écrivain, ne dit pas autre chose, et c’est à lui que je laisserai la conclusion de cette journée de la laïcité. : «  Aucune société n’est laïque spontanément, dit-il, nous sommes tous portés par des intolérances, des irritations. Nous voulons tous nos privilèges, nos groupes de convictions…

La société, c’est un peu la guerre de tous contre tous.

L’Etat, c’est-à-dire l’intérêt général, est là pour essayer de pacifier, de coordonner ces tiraillements. Oui, il faut un Etat, pour qu’il y ait une laïcité ».

Je vous remercie.