Conseil de Métropole : Budget supplémentaire

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Lundi 5 octobre 2020

Retrouvez l’intervention de Michèle Picard, maire de Vénissieux, vice-présidente de la Métropole de Lyon, lors du Conseil de Métropole du lundi 5 octobre,  sur le rapport n° 2020-0190, « Budget supplémentaire – Décision modificative n° 1 pour 2020. »

L’action de la Métropole, peut-elle être un contrepoids suffisant, aux politiques gouvernementales de casse du service public ? Peut-elle contrer les logiques économiques, qui conduisent à la dislocation de l’industrie, et aux licenciements massifs ?

Cette décision modificative constate les impacts budgétaires, de la crise sanitaire et sociale, sur les prévisions 2020. Elle identifie les diminutions de recettes liées au ralentissement économique. Et en dépenses, elle retrace les soutiens au secteur économique, aux partenaires sociaux et associatifs. Le versement de la prime exceptionnelle Covid, représente 2 M€, la hausse des dépenses liées au RSA, 28,1 M€. Les mesures d’accompagnement d’urgence des ménages, et des associations sont subventionnées à hauteur de 6M€, dont 1,3 M€ pour les impayés de loyers et de charges. Les capacités financières de la Métropole sont mobilisées, pour répondre à l’urgence sociale, exacerbée par la crise sanitaire.

Le constat est alarmant pour le baromètre de la pauvreté, réalisé par Ipsos pour le Secours Populaire. Avec le coronavirus, et la crise économique, 1 Français sur 3 a subi une perte de revenus, et beaucoup ont basculé dans la précarité. Au bout de deux mois de confinement, le Secours Populaire comptabilisait déjà, 45 % de nouveaux bénéficiaires. 900 000 chômeurs supplémentaires sont attendus par l’Unedic fin 2020. La peur de tomber soi-même dans la pauvreté (57 %), est en hausse de 3 points, avec toutes les conséquences psychologique imbriquées. Face à la détresse, le Secours Populaire mesure un élan de mobilisation avec 5 000 nouveaux bénévoles. Nous saluons leur engagement, dans le combat contre le creusement des inégalités.

Nous pouvons également constater les capacités de réaction, de la Métropole. Malgré les attaques continues, contre la libre-administration, la contractualisation, la baisse des dotations, et la réforme de la fiscalité locale, notre collectivité a encore la capacité d’agir pour répondre, à son niveau, à l’urgence sociale. Mais, l’action de la Métropole, peut-elle être un contrepoids suffisant, aux politiques gouvernementales de casse du service public ? Peut-elle contrer les logiques économiques, qui conduisent à la dislocation de l’industrie, et aux licenciements massifs ?

La crise économique que nous traversons, touche de nombreux secteurs d’activités, notamment les PME et les commerces. Les grandes entreprises doivent-elles en rajouter et profiter de la crise, pour installer plus de flexibilité, plus de licenciements, alors qu’elles sont rentables, font des bénéfices et profitent d’aides gouvernementales ? D’après l’estimation de la Banque de France, depuis le 1er mars, l’avalanche de plans sociaux dans les grandes entreprises, représente 51 000 destructions d’emplois.

Avec son plan de relance, le gouvernement met 100 milliards sur la table. Non seulement, ce plan ne corrigera pas l’affaiblissement structurel de l’Etat, mais il est dévoyé à l’application des orientations politiques en Marche. Ce sont 20 milliards de cadeaux fiscaux aux entreprises, sans contreparties sociales, environnementales et d’emplois. Un véritable chèque en blanc, en oubliant, un peu vite, la centaine de milliards d’euros déversés, depuis 2013 au titre du CICE, sans réelle efficacité sur l’emploi. Ne serait-il pas opportun de mettre en place une nouvelle doctrine, en matière d’aides publiques aux entreprises ? Avec l’interdiction des plans sociaux, et des licenciements boursiers. Cela empêcherait des multinationales comme Renault ou Air France, de continuer les licenciements.

La réduction des impôts de production est une fragilisation supplémentaire des ressources, et de l’autonomie fiscale des collectivités territoriales. Alors que pour maintenir l’action locale de soutien aux entreprises, aux commerces, aux artisans, et répondre aux besoins des populations confrontées à l’aggravation du chômage, il est impératif de préserver ce lien fiscal, entre collectivités, entreprises, et habitants.

Quand l’Etat montre de sérieuses défaillances, face au Covid, avec un manque de cohérence total, une communication contradictoire, des directives et contre-directives ; les fonctionnaires publics territoriaux et les élus locaux sont, sur le terrain, pour pallier les manquements, et venir en aide à des populations démunies et inquiètes.

La pluie de milliards, aux grandes entreprises passe de plus en plus mal, à l’heure où nous votons ici même, une hausse nécessaire des dépenses liées au RSA, et à l’heure où les lits de réanimation manquent.

Depuis 20 ans, nous dénonçons le démantèlement de la sécurité sociale, et le déclassement de l’hôpital public. Nous dénonçons les inégalités d’accès à la santé, ainsi que la détérioration permanente, des conditions de travail. Ce qu’il faut remettre en cause, c’est le système de financement des hôpitaux par tarification à l’activité, c’est le manque d’effectifs, ce sont des professions que l’on ignore, un nombre de lits toujours insuffisant, un secteur psychiatrique délaissé.

Après la première vague Covid, après les applaudissements de 20h, combien de personnels recrutés dans le secteur de la santé ? Combien de lits supplémentaires ? Les choix et les décisions de l’Etat ne vont pas dans le sens de l’intérêt général. Il y a de l’inquiétude, et de l’incompréhension chez nos concitoyens. Et dans les collectivités, les élus locaux se sentent bien seuls pour gérer la crise avec un empilement de mesures mal adaptées.

Nous réclamons de la cohérence.