Commémoration de la rafle des juifs étrangers de la région Rhône‑Alpes

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Mercredi 2 septembre 2020.

Ce qui nous rassemble aujourd’hui, c’est l’histoire, sans équivalent en France, du sauvetage de 108 enfants juifs, fin août 42, tandis que le régime de Vichy et l’administration de l’Etat, allaient commettre l’impardonnable et l’irréparable : participer de façon active, à la déportation et à l’entreprise génocidaire, du 3ème Reich d’Adolf Hitler. Après la grande rafle du 26 août 42 dans le Rhône, plus de 1 000 juifs étrangers sont ainsi conduits au camp de Vénissieux. Ce qui les attend, si tout le monde se soumet à Pétain et Laval, c’est Drancy, Auschwitz, les chambres à gaz, la mort annoncée.

Laissons parler l’émotion qui nous envahit, celle de vous recevoir, Père Jean Stern, témoin et survivant du camp de Vénissieux. Vous faites partie des 108 enfants sauvés, et vous êtes parmi nous, gardien de notre mémoire, messager de l’espoir en la nature humaine, souffle de vie puissant, au cœur de la nuit noire de la collaboration, du nazisme, de la Shoah.

Ce qui nous rassemble aujourd’hui, c’est l’histoire, sans équivalent en France, du sauvetage de 108 enfants juifs, fin août 42, tandis que le régime de Vichy et l’administration de l’Etat, allaient commettre l’impardonnable et l’irréparable : participer de façon active, à la déportation et à l’entreprise génocidaire, du 3ème Reich d’Adolf Hitler. Mais ce qui nous réunit aujourd’hui, en ce lieu chargé de mémoire, c’est aussi 25 ans de travail passionné, de recherches, de persévérance, à remonter le temps, à parcourir les archives, à retrouver aux quatre coins du globe, les acteurs et témoins du sauvetage du camp de Vénissieux, connu aussi sous le nom de Bac Ky. 25 ans du travail remarquable d’une femme, Valérie Portheret, historienne, que l’on ne remerciera jamais assez, de nous avoir restitué ce sauvetage, d’en avoir fait un patrimoine vivant, et commun à tous les Vénissians.

Chère Valérie, dans votre livre intitulé « Vous n’aurez pas les enfants », préfacé par Serge Klarsfeld et Boris Cyrulnik, en retraçant ces trois journées clés du 26 au 29 août 1942, vous mettez au jour la résilience et la force d’hommes et de femmes, opposés à la banalité administrative de l’horreur, à la planification et à l’industrialisation de la mort, à Auschwitz et dans les autres camps. Le travail d’historienne que vous avez accompli, ces 25 ans de votre vie que vous avez consacrés à cet épisode héroïque, nous rendent plus intelligents, plus clairvoyants, plus optimistes aussi, sur la nature humaine. Il donne un sens profond et une résonance actuelle, au mot de résistance, une lucidité et un message d’espoir, à chacun d’entre nous, une envie d’agir contre la xénophobie, le racisme, et les discriminations sous toutes ses formes. Car personne n’est dupe, les feux de la haine sont toujours là, présents, tapis dans nos sociétés, prêts à être rallumés, comme les dégradations négationnistes d’Oradour-sur-Glane, ou les incendies contre les mosquées dans notre agglomération, nous l’ont brutalement rappelé cet été.

Le plus étonnant dans ce sauvetage, c’est que les hommes et les femmes, qui en ont été les auteurs, n’ont pas utilisé la force, ni les armes, mais la malice, l’intelligence, l’audace. Le contexte ne s’y prêtait pourtant pas.

A la suite des accords Oberg-Bousquet, Pierre Laval offre les services de l’appareil policier et administratif français, aux nazis. Les premières grandes rafles interviennent en zone occupée. Au Vel’d’Hiv, 13 000 personnes, dont 4 000 enfants, sont arrêtées, parquées dans des conditions épouvantables, avant d’être déportées. Le piège se referme sur les juifs étrangers de la zone libre, après l’accord de leur déportation, donné par Bousquet, aux autorités allemandes. C’est le préfet de Région, Alexandre Angeli, qui sera chargé de mener l’opération secrète, dans dix de nos départements, de l’Ain jusqu’à la Savoie.

Après la grande rafle du 26 août 42 dans le Rhône, plus de 1 000 juifs étrangers sont ainsi conduits au camp de Vénissieux. Ce qui les attend, si tout le monde se soumet à Pétain et Laval, c’est Drancy, Auschwitz, les chambres à gaz, la mort annoncée. Le temps est compté, un compte-à-rebours est enclenché, pour les détenus, et pour tous ceux qui ne peuvent se résoudre à une France, complice du génocide planifié par le 3ème Reich d’Hitler.

L’amitié chrétienne, l’œuvre de secours aux enfants, la Cimade, croyants et laïcs réunis, une communauté d’hommes et de femmes, va changer le cours de l’histoire. Gardons en tête ces noms, dont beaucoup auront droit au titre de Juste parmi les Nations. Il y a l’abbé Glasberg, Gilbert Lesage, l’agent double du sauvetage des enfants de Vénissieux, le Père Chaillet, Jean-Marie Soutou, Charles Lederman de l’OSE, avec Lili Tager, Georges Garel, Elisabeth Hirsch. Il y a encore Madeleine Barot de la Cimade, et Jean Adam, dépêché comme médecin au camp de Vénissieux, qui sauvera de nombreuses vies, en obtenant l’hospitalisation de nombreux internés. Ou encore l’insubordination du Général de Saint-Vincent, auquel notre ville a rendu hommage, et attribué le nom d’un square en 2017. En falsifiant les dates de naissance, en jouant sur les critères d’exemption à la déportation, au prix de risques insensés, en refusant d’appliquer les mesures administratives, ils vont exfiltrer et sauver 471 personnes, sur les 1 016 juifs internés, dont 108 enfants et adolescents. Dans l’urgence, dans la douleur aussi, que personne ici, je le crois, ne peut imaginer, celle des parents qui vont signer l’abandon et la délégation de paternité, pour sauver leurs propres enfants. Parmi ces derniers, peu auront la chance de retrouver leurs parents après la guerre, et l’horreur d’Auschwitz, la plupart auront perdu père et mère. Enfin, comment ne pas se souvenir de toutes ces familles d’accueil, qui ont ouvert leurs portes, caché, protégé, puis élevé ces enfants sauvés, créant des liens indéfectibles, que le temps et les parcours des uns et des autres, n’ont jamais altérés.

Cet épisode historique et unique, aura des prolongements : il marquera une rupture et une cassure, dans la politique insoutenable de déportation du régime de Vichy. Comme le dit dans sa préface Serge Klarsfeld, ces hommes et ces femmes, ont mis en échec « l’obéissance aveugle aux ordres, quels qu’ils fussent, de leur hiérarchie ».

Grâce à vous enfin, Valérie, j’ai eu la chance de rencontrer une enfant sauvée du camp de Bac Ky. 70 ans après, elle portait toujours les boucles d’oreilles que sa mère lui avait données, en cette fin d’août 42. Jamais l’émotion et l’intensité de cet échange, ne finiront dans l’oubli.

Eduquer, éclairer, même les zones d’ombre, transmettre l’histoire. Notre ville de Vénissieux n’a pas dérogé à cette règle. En mettant au jour une mémoire, douloureuse, émouvante, votre travail d’historienne, chère Valérie Portheret, pose les jalons de la tolérance et de l’intelligence, de la clairvoyance et de l’espoir. Et notre siècle, aujourd’hui, en a bien besoin.

En cette journée de commémoration, je tiens à préciser qu’une rencontre-débat, avec Valérie Portheret, autour de son livre et de ses recherches, aura lieu ce soir, à 18h45, dans notre Médiathèque Lucie-Aubrac.

Je vous remercie.