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Vendredi 22 février 2019

Retrouvez le courrier que j’adresse à Emmanuel Macron, Président de la République, pour lui faire part de mon sentiment face à la grave crise politique et sociale que traverse notre pays.

 

Monsieur le Président de la République,

Face à l’inquiétude et la colère légitimes des citoyens exprimées ces derniers mois dans de nombreux mouvements sociaux, vous avez initié un grand débat national public pour recueillir l’expression des habitants.

En tant que maire de la 3ème ville du département du Rhône, d’une commune populaire de 65 000 habitants je tiens à vous faire part de mon sentiment par rapport à la grave crise politique et sociale que nous traversons.

Depuis quelques semaines, le gouvernement semble redécouvrir le rôle essentiel des communes, de proximité avec les habitants. Vous en appelez aux maires pour participer au grand débat national.

Les maires et les communes sont les premiers réceptacles des inquiétudes des habitants. La proximité est un élément essentiel pour mesurer leurs difficultés, leurs besoins et leurs attentes. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que cet échelon soit le seul à recueillir la confiance de la population.

Au lieu de s’appuyer sur ce 1er maillon républicain, le gouvernement n’a eu de cesse de limiter nos possibilités d’actions au plus près des habitants.

Pendant des mois, les maires n’ont cessé de tirer les sonnettes d’alarme sur leurs difficultés et celles des habitants. L’Association des Maires de France s’en est régulièrement fait l’écho. Au lieu de consolider ce premier pilier de notre République, le gouvernement a continué d’affaiblir les communes, de nous imposer des mesures sans aucune concertation qui remettent en cause notre autonomie et nos possibilités d’agir au plus près de nos populations, et notamment les plus fragiles. Les cures d’austérité que vous nous imposées au travers des baisses de dotations, de la contractualisation financière, sont profondément injustes et injustifiées.

Vous faites supporter aux communes un poids considérable pour combler le déficit public national alors que les collectivités locales ne représentent que 9,3% de la dette publique. Ces cinq dernières années, les investissements des collectivités locales ont chuté de 15%, moins 22 milliards d’euros d’équipements nécessaires aux habitants, ou de réhabilitations que nous ne pouvons engager. Voilà la conséquence directe des politiques d’austérité que vous nous imposez. La suppression de la taxe d’habitation est un nouveau coup porté à notre autonomie. Une actualisation des valeurs locatives qui datent de 1970 aurait été beaucoup plus juste, et plus égalitaire. Il ne faut pas oublier que l’impôt fait partie de notre pacte social. Il contribue à la nécessaire solidarité nationale et aux besoins collectifs. Chacun contribuant à la hauteur de ses ressources.

La question qui se pose au gouvernement n’est donc pas de baisser les impôts et les cotisations sociales, mais d’assurer un meilleur partage des richesses.  Le crédit d’impôt, octroyé aux entreprises(CICE) sans aucune contrepartie, a atteint 21 milliards d’euros en 2018. En 2020, six ans après sa mise en place, il aura privé les finances publiques d’une manne de 100 milliards d’euros.  En ce qui concerne l’ISF, ce sont 3,2 milliards d’euros de cadeaux offerts aux plus riches. L’évasion fiscale représente chaque année 100 milliards d’euros de perte sèche pour l’Etat, alors que, dans le même temps, vous imposez toujours plus d’austérité à la plus grande partie de la population.

Les habitants demandent, à juste titre, plus de justice sociale et fiscale. Ils veulent pouvoir vivre décemment de leurs salaires. Vous ne pouvez éluder la question du pouvoir d’achat qui est centrale pour les habitants, car comment vivre avec une pension de retraite de 700€ ? Comment payer son loyer quand il représente la moitié de ses revenus ?  Le moindre accident de la vie fait basculer de nombreuses familles dans la pauvreté, et remonter la pente est alors très difficile. En tant que maire, ces situations nous les vivons quotidiennement.

Les habitants demandent plus de services publics de proximité parce qu’ils sont essentiels dans leur vie de tous les jours. Des hôpitaux, des transports publics, des écoles, bureaux de poste …

Jusqu’à présent, les maires arrivaient sur leur territoire à limiter le sentiment d’abandon des habitants, en mettant en place des politiques volontaristes en matière d’insertion, d’éducation, d’accès à la culture, au sport, à la citoyenneté et au vivre ensemble, en terme de solidarité, d’amélioration du cadre de vie et du droit à la tranquillité …

Aujourd’hui, nos missions de services publics sont de plus en plus menacées par les coupes budgétaires.

Les maires sont des élus de la République responsables, très impliqués dans le quotidien des habitants. Notre expertise de terrain est essentielle pour bien comprendre les enjeux qui se jouent dans nos territoires.

Aujourd’hui, les digues sont en train de se rompre. Dans le contexte de crise que nous traversons, il est urgent de renforcer le premier maillon de notre République qu’est la commune pour agir au plus près des habitants et des territoires.

Vous devez entendre et comprendre la colère qui est profonde.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.