Jeudi 19 novembre 2020

Etudiants, intérimaires, chômeurs, mais aussi autoentrepreneurs et artisans… Selon les associations de solidarité, la crise sanitaire a fait basculer dans la pauvreté un million de personnes qui s’ajoute, ainsi, aux 9,3 millions de nos concitoyens vivant déjà sous le seuil de pauvreté. Cette estimation basse ne prend pas en compte les 800 000 pertes d’emplois prévues d’ici fin 2020. La Banque de France confirme ces chiffres, anticipant un taux de chômage au-dessus de 10 % en 2020, puis de 11 % dès le premier semestre 2021. La Fondation Abbé Pierre annonce, quant à elle, une hausse exponentielle du nombre de personnes sans domicile fixe. Aujourd’hui 300 000 personnes vivraient dans la rue.

L’un des signes les plus alarmants de cette crise est l’explosion de l’aide alimentaire. La Fédération française des banques alimentaires a augmenté ses distributions de 25 %. Le Secours Catholique, dans son rapport sur l’état de la pauvreté en France, souligne ce drame silencieux qui touchait 8 millions de nos concitoyens en 2019, contre 5 millions l’année précédente. Le rapport pointe du doigt la forte dégradation de vie des ménages et les choix impossibles auxquels ils sont contraints pour survivre. Donner la priorité à la nourriture des enfants, au détriment du paiement des loyers et des factures de chauffage ou d’électricité.

Les villes populaires payent le prix fort de la crise sanitaire. Déjà fortement touchées par le chômage et la paupérisation, elles sont les premières à subir les conséquences sociales de l’épidémie. Les demandes d’aides alimentaires d’urgence et de RSA explosent et le chômage augmente fortement.

Le plan de relance de l’économie de 100 milliards d’euros, axé sur le retour à l’emploi, ne répondra pas à l’urgence sociale. Les associations de solidarité sont unanimes et dénoncent des mesures pansement, déconnectées de la vie des gens et loin d’être à la hauteur de la situation.

C’est pour cette raison que je suis signataire, avec plus d’une centaine de maires, présidents d’agglomération et d’associations d’élus, d’une lettre ouverte intitulée « Pour l’égalité républicaine dans nos quartiers populaires » à l’attention du Président de la République. Nous souhaitons interpeller l’Etat sur l’effroyable impact social de la crise sanitaire dans les villes populaires. Avec mes collègues, nous demandons à Emmanuel Macron l’octroi d’une enveloppe d’un milliard d’euros destinée à des actions concrètes pour réduire les inégalités dans les quartiers prioritaires. Parmi nos propositions :

  • Un fonds d’urgence doté d’une enveloppe annuelle de 100 millions d’euros pour les associations œuvrant pour la jeunesse et les publics en difficultés,
  • un fonds de 200 millions d’euros pour la création de comités locaux de solidarité dans les villes populaires, consacré à l’aide d’urgence (détresse sociale, grande pauvreté, aide alimentaire…),
  • un fonds de soutien à la création de maisons médicales et de centre de santé dans les villes pauvres ou en voie de paupérisation
  • ou encore un fonds de 120 millions d’euros pour la mobilisation des acteurs de l’emploi.

Dernièrement, Emmanuel Macron a déclaré partager les inquiétudes et objectifs des signataires de ce courrier. Le gouvernement devrait recevoir les élus et travailler avec eux. Cette annonce ne doit pas rester une promesse sans lendemain, sans effet réel sur le terrain. Pour ma part, je reste mobilisée pour travailler à des solutions concrètes, pour nos villes, nos habitants, pour que chacun puisse vivre dignement.