8 mai 1945 : Capitulation sans condition des armées nazies

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Vendredi 8 mai 2020

Vénissieux se souvient…

Dans le contexte de crise sanitaire, il nous est impossible d’organiser les cérémonies commémoratives.  Cependant, et conformément aux consignes sanitaires fixées par le Gouvernement, avec Roger Gay, président départemental de l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance, nous avons déposé ce matin une gerbe au pied du monument de la Libération, parc Louis-Dupic.

Le 8 mai 1945, la capitulation sans condition des armées nazies met fin à cinq années de guerre qui aura coûté la vie à des dizaines de millions de personnes. A l’heure où les populismes, l’extrême droite, et les replis identitaires gagnent du terrain en Europe, et dans le monde, il est important, de rappeler comment la haine et la xénophobie ont porté les germes du pire cauchemar de l’humanité. Ce 8 mai 2020, alors que notre pays traverse une crise sanitaire sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, je voudrais insister sur la résistance et la résilience des hommes et des femmes, sur leur capacité à rallumer la flamme de l’espoir au cœur même de la nuit la plus noire de l’histoire.

Dans le prolongement, un texte rédigé pour évoquer cette journée de commémoration, la marquer, ne pas la rendre invisible et ne jamais oublier !

 

Le devoir de mémoire est aussi une histoire de continuité dans le temps comme entre les générations. Les associations d’anciens combattants et les élus locaux ont eu raison, je le crois, de demander au gouvernement le maintien des commémorations du 8 mai, de la capitulation sans condition des armées nazies. Bien sûr, le confinement actuel nous contraint à nous adapter, à nous souvenir sans rassemblement, ni public, sans les jeunes générations et le CME auxquels notre devoir est de transmettre les leçons du passé. Tout comme la journée des victimes de la déportation, ce 8 mai si particulier illustre le rôle pivot des collectivités locales dans la diffusion et le maintien d’une mémoire collective entre tous les habitants.

Il y a 75 ans, pour les survivants des camps d’extermination, pour les rescapés d’un conflit inimaginable, pour chaque homme et chaque femme, il fallait tout réapprendre. Réapprendre à respirer, réapprendre un peu plus tard à sourire, réapprendre à vivre sans le joug du totalitarisme, des peurs, de l’humiliation et de la soumission. Viendra le temps, après le pire des cauchemars, de croire en l’homme à nouveau, de croire en l’humanité à nouveau.

Le IIIème Reich d’Hitler, ce régime nationaliste, xénophobe, antisémite et impérialiste, qui exacerbait l’existence du Volksblut, le sang racial commun, condition préalable à la construction du mythe et de l’utopie de la Grande Allemagne, a précipité le monde au bord du gouffre. Dans l’esprit, l’ennemi et la cible de ce totalitarisme n’étaient autres que l’esprit des Lumières, de l’émancipation de l’individu et du progrès social de la collectivité. Hitler s’attaque à l’héritage des civilisations, de la démocratie grecque et du droit romain, il s’attaque à 1789, 1848, à 1936. Il ne s’agissait pas d’éliminer un ennemi, mais de penser, imaginer puis mettre en œuvre l’industrialisation de la mort pour supprimer les juifs d’Europe, pour liquider les opposants, les communistes, syndicalistes, socialistes, pour éliminer les minorités, tsiganes, homosexuels, pour écarter les plus faibles et les personnes handicapées. La rupture est totale, le XXème siècle cassé en deux.

6 millions de juifs, perdent la vie dans les camps de concentration, dans les camps de l’innommable. Cette guerre totale est un massacre rationalisé produisant la mort en chaîne, une mort « anonyme » de masse. Le choc est terrible, renforcé par le nombre total de victimes lors de ce conflit, 60 millions de morts, par l’entrée dans l’ère nucléaire, qui frappe l’opinion publique par sa capacité de destruction massive et terrifiante. La seconde guerre mondiale, c’est 25 000 disparus par jour. Des cadavres charriés sur tous les continents. Guernica et Nankin en prélude, puis Stalingrad, Auschwitz, Varsovie, Vienne, Lidice, Salo, Hiroshima, Oradour-sur-Glane, Drancy, Nagasaki, Treblinka, Dachau, Berlin, Izieu. La bataille de Stalingrad, fait à elle seule, un million de morts. Les civils sont devenus des cibles de guerre à part entière. L’estimation des pertes oscille entre 40 et 52 millions de morts, du fait de la guerre, de la maladie ou de la famine. Un cauchemar sans précédent.

Mais ce 8 mai 2020, alors que notre pays traverse une crise sanitaire sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, je voudrais insister sur la résistance et la résilience des hommes et des femmes, sur leur capacité à rallumer la flamme de l’espoir au cœur même de la nuit la plus noire de l’histoire. Il y a là des leçons à tirer et à ne jamais oublier. Relever la tête, continuer de croire à la liberté, à la démocratie, à l’idéal républicain. On peut changer le cours de l’histoire et réinventer un autre monde, curieux écho à nos temps présents. Bien sûr, les armées alliées et celles de l’armée rouge ont fait tomber Berlin et le nazisme. Mais aujourd’hui, permettez-moi de penser à ceux qui ont résisté de l’intérieur à la terreur et à la peur, en Allemagne comme en Espagne, en Italie comme à Londres, à Athènes ou ailleurs. En France, la résistance s’est levée contre la lâcheté et l’infamie du régime de Vichy, de Pétain, de Laval, des milices de Pucheux et des rafles des juifs permises par les ordonnances de Bousquet. A ces noms, je préfère opposer ceux de Charles de Gaulle, Jean Moulin, Missak Manouchian, Germaine Tillion, Lucie et Raymond Aubrac, des FTP MOI, des anonymes, femmes, jeunes et maquisards. C’est à ces gens, entrés dans l’histoire, tombés sous les balles ou victimes de délation, souffrant sous la torture, c’est à cette France libre, cette France du refus, à cette France debout, cette France du Conseil National de la Résistance, que nous devons penser aujourd’hui. Je suis convaincue que l’intelligence du CNR fut notre chance, ce fil ténu pour que la France retrouve ses valeurs et son honneur. Cette intelligence dont je parle, c’est celle d’avoir su lier la bataille pour l’indépendance nationale aux problèmes sociaux qui se poseraient après la guerre. Plus qu’un fer de lance de la lutte armée pour la Libération, le CNR a essaimé le progrès, la solidarité, la citoyenneté, la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers. Il a essaimé nos libertés et notre modèle social français : la sécurité sociale créée par Ambroise Croizat, ministre communiste, le système des retraites par répartition, la nationalisation de l’électricité et du gaz… Des crises du passé à la crise d’aujourd’hui, peut-être mesure-t-on mieux l’héritage essentiel et protecteur que le CNR a laissé entre nos mains.

A l’image des lectures proposées à l’occasion de la journée dédiée à la mémoire des victimes de la déportation, j’aimerais citer quelques ouvrages historiques ou romancés pour finir et prolonger cette commémoration si particulière. 1937-1947, la guerre monde, rédigé par un collectif d’historiens, œuvre-somme qui propose une approche plus globale du conflit, moins centrée autour du prisme européen. La guerre allemande de Nicholas Stargardt, pour entrer dans l’intimité du peuple allemand et essayer d’en analyser les ressorts et les mécanismes exacerbés par le nazisme. Dans le même registre, Heinrich Himmler – d’après sa correspondance avec sa femme 1927-1945, portrait funeste et glaçant de l’ordonnateur de la Solution finale. Citons encore L’étrange défaite de Marc Bloch, Alias Caracalla, récit autobiographique, paru en 2009, écrit par le résistant français Daniel Cordier ou le remarquable et récent L’ordre du jour, d’Eric Vuillard, prix Goncourt 2017.

Une liste non exhaustive au terme de laquelle je laisserai le mot de la fin à Hans Fallada, extrait de cette œuvre majeure qu’est Seul dans Berlin : « Chacun devrait s’intéresser à la politique. Si nous l’avions tous fait en temps opportun, nous n’en serions pas au point où nous ont menés les nazis ».

  • Roger Gay ANACR