8 mai 1945 : Capitulation sans condition des armées nazies

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Vénissieux se souvient… Ce 8 mai 2021, et pour la deuxième fois consécutive, les contraintes sanitaires nous empêchent de nous rassembler. Cependant, avec Roger GAY, président départemental de l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (ANACR) et secrétaire général de l’Union française des associations de combattants et de victimes de guerre (UFAC), Jacqueline SANLAVILLE, membre de l’ANACR, Michèle PICARD, maire de Vénissieux et vice-présidente de la Métropole de Lyon, a déposé ce matin une gerbe au pied du monument de la Libération, parc Louis-Dupic, en présence de Maxime KYRSZAK et Guy FERNANDEZ, porte-drapeaux.

Le 8 mai 1945, la capitulation sans condition des armées nazies met fin à cinq années de guerre qui aura coûté la vie à des dizaines de millions de personnes. 76 ans après, comment ne pas penser aux résistants, anonymes ou célèbres, aux maquis où tant de jeunes ont perdu la vie, à tous ceux qui nous ont rendu une France libre et républicaine. Les commémorations ne servent pas simplement à rafraîchir la mémoire, elles servent surtout à transmettre. Une nécessité absolue, quand les témoins et rescapés de la seconde guerre mondiale, des camps de la mort ou des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki disparaissent peu à peu.  Aujourd’hui, les passeurs de mémoire, c’est nous.

Mars 44, les premières bombes anglaises tombent sur Parilly. La cible est l’usine Sigma, qui fabrique des moteurs d’avions au service de l’ennemi. Après plusieurs bombardements, l’usine est réduite à néant, au prix de dégâts collatéraux et de victimes humaines. 5 morts, une cinquantaine de maisons détruites, des immeubles incendiés. Mai 44, les armées allemandes reculent, il faut en finir avec l’ignominie nazie et le cauchemar de la collaboration. Un tapis de bombes va s’abattre sur l’agglomération lyonnaise, et plus particulièrement à Vénissieux. Notre ville est une cible stratégique, par son nœud ferroviaire de lignes vers Paris, Marseille, l’Italie de Mussolini, et par l’implantation d’un fort tissu industriel, dont les usines Berliet qui ont rallié le camp de Vichy et livrent des camions aux allemands. Le Charréard, la rue Paul-Bert, le vieux village sont touchés, la cité Berliet en ruines. Le bilan s’alourdit : aux cinq morts du bombardement de mars 44 s’ajoutent 28 morts et 66 blessés. Les 25 et 26 mai, les bombardements redoublent de puissance. Avenues de la République et Francis-de-Pressensé, dans le quartier Moulin-à-Vent, à la gare, à l’Arsenal, les destructions se multiplient et 23 nouvelles victimes sont à déplorer. Outre les usines, dont certaines sont complètement rasées, près de 140 immeubles sont entièrement détruits, plus de 800 endommagés. Au total, la moitié de nos territoires a été touchée, certains plus durement que d’autres, et après Lyon, Vénissieux est la ville de l’agglomération qui a le plus souffert des bombardements alliés. Elle est aussi celle où le plus grand sauvetage d’enfants juifs a eu lieu, 108 d’entre eux et plusieurs centaines d’adultes, échapperont aux camps de la mort. Vénissieux a souffert, mais Vénissieux a su rester solidaire, humaine, résistante. Elle recevra à ce titre la Croix de Guerre en 1945.

Le prix de la liberté, le prix de la fin de Vichy, le prix de la capitulation sans condition des armées nazies, est terrible, à Vénissieux comme partout dans le monde. Mais il était aussi un passage obligé pour retrouver le chemin de la démocratie, après l’avènement et le chaos engendré par le fléau du national-socialisme De la stigmatisation, de la haine de l’autre, puis de son rejet et de son anéantissement, le IIIème Reich a fait de la fusion des idées d’extrême droite le lit de la terreur, de l’horreur, de l’innommable. Le Volksblut, le sang racial commun et le mythe de la race supérieure, et le Lebensraum, utopie de la Grande Allemagne et des territoires nécessaires à l’expansion des aryens, ont fait basculer le monde dans le conflit le plus barbare de l’histoire de l’humanité. Les deux allumettes à la main, Adolf Hitler a allumé un brasier planétaire sans précédent. La seconde guerre mondiale, c’est 25 000 disparus par jour. 55 millions de morts en 6 ans. La Shoah : 6 millions de juifs perdent la vie dans les camps de concentration, dans les camps de l’innommable. Tous les pays comptent leurs victimes ; par milliers, par millions (21 millions de morts pour la seule URSS !, 600 000 pour la France). Industrialisation de la mort, armes de destruction massive, expérimentations médicales et scientifiques sur des cobayes humains. Le pire des régimes, le IIIème Reich, a écrit le pire des chapitres : 39-45 ! Des cadavres charriés sur tous les continents. Guernica et Nankin en prélude, puis Stalingrad, Auschwitz, Varsovie, Vienne, Lidice, Salo, Hiroshima, Oradour-sur-Glane, Drancy, Nagasaki, Treblinka, Dachau, Berlin, Izieu. La bataille de Stalingrad fait à elle seule un million de morts. Partout, des ruines, des deuils, des cendres et des noms de ville qui continuent de nous effrayer. Le nazisme est allé au bout de son nihilisme totalitaire : nier l’identité humaine et organiser l’industrialisation de la mort, le choc et la rupture sont civilisationnels, sans commune mesure dans l’histoire des hommes. C’est ce qu’exprime si bien cette phrase de Primo Levi, rescapé d’Auschwitz : « On a inventé au cours des siècles des morts plus cruelles, mais aucune n’a jamais été aussi lourde de mépris et de haine ».

Ce 8 mai 2021, et pour la deuxième fois consécutive, les contraintes sanitaires nous empêchent de nous rassembler. 76 ans après, comment ne pas penser aux résistants, anonymes ou célèbres, aux maquis où tant de jeunes ont perdu la vie, à tous ceux qui nous ont rendu une France libre et républicaine. Comment ne pas se souvenir également que les massacres de Sétif, ce même 8 mai 45, annonçaient la guerre d’Algérie, dans un dramatique écho de l’histoire. Les commémorations ne servent pas simplement à rafraîchir la mémoire, elles servent surtout à transmettre. Il y a dans ce verbe une nécessité absolue, d’autant plus que les témoins et rescapés de la seconde guerre mondiale, des camps de la mort ou des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki disparaissent peu à peu. La portée de leurs paroles est irremplaçable, inégalable. Rappelons-nous, ici à Vénissieux, combien les témoignages et le travail pédagogique de Raymond et Lucie Aubrac, de Charles Jeannin, continuent d’imprégner, j’en suis certaine, l’esprit des écoliers et des jeunes vénissians qui ont eu la chance de les rencontrer et de les écouter. Il y a là une authenticité, une force de persuasion que nous ne retrouverons plus. Comment dès lors enseigner la Shoah alors que les voix de ceux qui l’ont connue s’éloignent irrémédiablement? Comment transmettre les leçons de la seconde guerre mondiale à l’épreuve des nouvelles technologies ? Autant de questions qui doivent nous interroger, nourrir des pistes de réflexion, renforcer et diversifier nos apprentissages à l’égard des jeunes générations. Car aujourd’hui, les passeurs de mémoire, c’est nous.

A l’heure où les salles de cinéma restent fermées par mesure sanitaire, je voudrais relever combien la puissance de certains films a fait irruption dans notre imaginaire collectif, laissant en nous une trace indélébile, modifiant à tout jamais notre regard sur cet effondrement de civilisation. Nuit et brouillard et la Shoah, Allemagne année zéro ou Rome ville ouverte, L’armée des ombres et la résistance, Pluie noire et l’horreur de l’atome, ou plus près de nous encore, Le fils de Saul, autant d’oeuvres à voir et revoir pour inscrire cette commémoration dans la durée et la transmission.