L’appel d’Aubervilliers

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Lundi 8 octobre 2018.

Pour faire primer le droit au logement sur la loi du marché !

Premiers signataires : Meriem Derkaoui, Patrick Braouezec, Stéphane Troussel, Ian Brossat, Éliane Assassi, Fabien Gay, Laurent Russier, Azzédine Taïbi, Gilles Poux, Carinne Juste, Sylvine Thomassin, Michèle Picard, Gilles Leproust, Arnaud Levitre, Patrice Leclerc, Marie-Hélène Amiable, Philippe Bouyssou, Christian Fautré, Nelly Dutu, Pascal Beaudet, Belaïde Bedreddine, Pascale Labbé, Pierre Laporte, Silvia Capanema, Dominique Attia, Dominique Dellac, Yasmine Boudjenah, Romain Marchand, Serge Cormier, Sergine Le Fief, José Moury, Mathilde Caroly, Marie-Christine Baudouin, Guy Moureau, Eddie Jacquemart. Gerard Cosme, Tony di Martino, Bertrand Kern, Laurent Baron. Texte collectif

 

Cet été 2018, Aubervilliers a été le théâtre de deux incendies meurtriers liés à l’habitat indigne qui ont mis en lumière de façon dramatique, une situation à laquelle nos villes sont confrontées depuis plusieurs années.

L’habitat privé insalubre, qu’il soit lié à l’habitat ancien, aux copropriétés dégradées ou à la paupérisation du tissu pavillonnaire est loin d’être un épiphénomène. Dans certains secteurs, le nombre de logements insalubres représente jusqu’à 40% du parc de logement privé.

Dans un contexte de crise du logement, les marchands de sommeil prospèrent sur le dos de la précarité et de la fragilité de familles entières.

Au vu de la situation, les réponses ne peuvent pas reposer que sur les épaules des communes. Une intervention publique d’ampleur est nécessaire.

Dans le même temps qu’il annonce vouloir lutter contre ces phénomènes, le gouvernement fait le choix de s’attaquer au modèle français du logement social qui représente pourtant un rempart pour permettre à des  familles aux revenus modestes de se loger dignement.

A travers la loi ELAN et les coupes drastiques dans le budget des offices HLM, il fragilise ces outils indispensables. Cela affectera considérablement l’entretien et les projets de  rénovation du parc immobilier social. De même, l’objectif affiché d’accélérer les ventes d’appartements aux locataires  présente le risque énorme de voir exploser les copropriétés dégradées. Derrière la volonté affichée de favoriser l’accès à la propriété, se cache le désir profond de ce gouvernement de s’attaquer au secteur du logement social.

 Ces mesures viennent se superposer à une politique régionale, comme en Ile-de-France, qui avait déjà mis à mal la construction de logements sociaux en décidant d’arrêter le financement des logements très sociaux dans les communes disposant déjà de 30 % de logements de ce type.

 Le logement est porteur d’une contradiction majeure entre sa qualité de droit reconnu par la Constitution et le bien marchand qu’il représente et qui en fait l’objet de spéculations. Dans nos métropoles en projet, la hausse des prix du mètre carré pénalise les familles et les livre à la merci de propriétaires peu scrupuleux.

Malgré des efforts conséquents autour de la rénovation urbaine, la violation de la loi SRU par certaines communes, la hausse des loyers et la baisse des APL ont aggravé les  difficultés des habitant-es.

Nous affirmons que le droit au logement doit primer, et qu’il doit être garanti pour permettre à chaque citoyen-ne, à chaque famille de se loger et de sortir d’une insécurité insupportable.

Nous, maires, parlementaires, élu-e-s, militant-e-s associatif-ves, voulons en finir avec ce cycle infernal. Il est temps qu’émerge un véritable droit au logement pour toutes et tous.

Le lundi 8 octobre à 11 heures, salle du conseil de l’Hôtel de Ville d’Aubervilliers, nous exigeons du l’Etat, et de la Région Ile-de-France pour ce qui la concerne, qu’ils mettent en œuvre 6 actions concrètes.

 1 – Un arsenal législatif renforcé contre les marchands de sommeil permettant d’accélérer les démarches, de prévenir les divisions pavillonnaires, de faciliter les préemptions auprès de ces délinquants. Le déblocage de moyens pour reloger et soutenir dans leurs procédures les victimes des marchands de sommeil.

 2 – Des mesures coercitives plus fortes contre les villes qui ne respectent pas les 25% de logements sociaux, prévus dans le cadre de la loi SRU.

 3 – Le rétablissement d’une aide à la pierre conséquente permettant de construire massivement, mais aussi d’entretenir et de rénover le parc social, notamment pour répondre au défi de la transition énergétique.

 4 – Stopper l’asphyxie programmée des organismes HLM en revenant sur les ponctions de 800 millions d’euros pour 2018 et 873 millions d’euros prévues pour 2019.

 5 – Un plan d’action national pour mettre un terme aux copropriétés dégradées.

 6 – La généralisation du dispositif de l’encadrement des loyers et du permis de louer, qui doit passer par le déblocage de moyens financiers pour les collectivités faisant preuve de volontarisme dans leur mise œuvre.

 Plus que jamais, la bataille à mener pour se loger dignement en France doit être une cause nationale.