Forum de prévention des addictions, 3ème édition

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Jeudi 17 mai 2018.

…Je le rappelle, notre ville est pionnière en la matière, elle a ouvert un chantier novateur, que d’autres villes pourraient bien suivre, dans un futur proche. C’est à la jeunesse que nous nous adressons, pas simplement au sujet de la connaissance des règles et des limites, des dangers de certaines pratiques, mais pour affermir aussi, la confiance en soi, l’expression de soi, et le respect des autres…

Il n’y a pas une jeunesse, mais des jeunesses, en milieu urbain, péri-urbain, rural, en famille, famille recomposée, monoparentale, etc.

Chaque adolescence est singulière, chaque adolescence fragile. C’est l’heure où le soi s’affirme, et s’expose au regard des autres, où l’appartenance à un groupe social est recherchée, où la sexualité interroge.

Il y a l’autorisé, qui frustre, et l’interdit, qui attire. C’est dans cet entre-deux, cette période de flottement où l’indépendance des choix et des goûts, n’est pas encore accompagnée par l’indépendance économique, que la jeunesse peut tomber dans des addictions, souvent à son corps défendant.

A bien des égards, la situation des 11-25 ans peut paraître paradoxale. Plus scolarisée, plus connectée à l’information comme aux loisirs, la génération actuelle vit pourtant dans un contexte désenchanté, anxiogène, difficile, au cœur d’une société individualisée à outrance, et repliée sur elle-même.

Les outils de l’autonomie sont là, mais les moyens économiques d’y parvenir, semblent inaccessibles.

Le malaise est patent, le sentiment de solitude, malgré les réseaux sociaux, est ressenti par de nombreux jeunes, et le risque d’addictions se fait plus aigu.

En ouvrant le champ des risques d’addictions, notre ville a été pionnière en la matière au niveau national, et a entrepris un travail de prévention, sensibilisation et d’éducation, sur le long terme.

Différents programmes menés en Europe, auprès des collégiens, ont montré que la stratégie de prévention, et les interventions précoces auprès des jeunes, retardent l’âge des premières pratiques addictives, voire les en empêchent, ou en limitent les excès.

Nous nous inscrivons dans cet esprit-là, dans cette volonté d’intervenir au plus tôt, et au plus près des jeunes, tout en sachant que les résultats ne s’obtiennent pas du jour au lendemain.

Je voudrais féliciter tous les partenaires, et ils sont nombreux, et nos services, qui se sont investis dans l’organisation de cette 3ème édition du Forum de prévention des addictions. Un grand merci à l’association Vie libre, la Préfecture du Rhône, la Police Nationale et Municipale, la Ligue contre le cancer, la Macif, tous nos équipements, le BIJ, le Point Accueil Ecoute Jeunes, etc. Tout le monde s’est mobilisé au service de la jeunesse, au service aussi, des deux grands enjeux que sont la santé publique, et la sécurité publique dans nos villes.

Plusieurs centaines de jeunes ont été touchés par cette campagne de sensibilisation, et sont attendus à ce forum. Quatre collèges, Aragon, Triolet, Eluard, Michelet, et les Equipements Polyvalents Jeunesse Léo Lagrange et Charréard, ont activement participé à cette édition 2018, de lutte contre les addictions.

Avec les éducateurs et psychologues, avec les équipes enseignantes, que je remercie chaleureusement, 10 classes ont été associées, pendant toute l’année scolaire, à des travaux, créations et réalisations, que nous avons découverts aujourd’hui.

L’âge moyen de la première consommation de cannabis, est de 15 ans, celui auquel les jeunes consomment de l’alcool pour la première fois, est de 13 ans, le premier film pornographique est visionné à 12 ans, et c’est à l’âge de 11 ans que les jeunes se dotent, statistiquement, de leur premier Smartphone.

Au sujet des drogues légales (tabac, alcool), ou illégales (cannabis et autres), le scenario le plus fréquent est que les jeunes entrent dans les consommations, par assimilation et reproduction des usages de leurs amis et connaissances.

Pour contrecarrer ce mécanisme, il faut parvenir à développer chez eux, des compétences personnelles, sociales et émotionnelles, pour les aider à garder un esprit critique, face aux images, face aux pubs, face aux comportements de mimétisme.

Il faut aussi aider les familles, souvent démunies, face à des addictions qu’elles n’ont pas vu venir. Briser le silence, est nécessaire et vital. La Ville de Vénissieux a d’ailleurs créé, en complément du Point Accueil Ecoute Jeunes, un Point Accueil Ecoute Familles, afin de favoriser un accompagnement psychosocial, de parents désarmés et impuissants.

Une autre addiction doit nous inciter à une grande vigilance, celle aux écrans. On estime que 5% des adolescents y sont déjà accros, sous une forme ou sous une autre : smartphone, internet, jeux vidéos.

Près de neuf jeunes sur dix, de 15 à 24 ans, sont inscrits sur au moins un réseau social, sans avoir conscience de divulguer des informations privées, dans des espaces publics, et de la difficulté, voire de l’impossibilité, de faire disparaître des informations compromettantes.

Même sonnette d’alarme des pédopsychiatres, au sujet des enfants de moins de     6 ans, exposés aux écrans, qui peuvent passer jusqu’à 6 heures par jour sur des tablettes, mais qui développent des troubles du langage, de comportement et se coupent très vite du monde extérieur.

Nous sommes au début de cette mutation numérique, et certains chercheurs estiment déjà, je les cite, « qu’elle a amplifié un mouvement de distance croissante, avec la culture scolaire », à savoir l’usage du livre, et l’apprentissage de la lecture.

L’ampleur et la qualité des actions que nous avons lancées, ont permis à notre ville, d’obtenir un financement de cette campagne sanitaire, à hauteur de 50% de la part de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.

Je le rappelle, notre ville est pionnière en la matière, elle a ouvert un chantier novateur, que d’autres villes pourraient bien suivre, dans un futur proche. C’est à la jeunesse que nous nous adressons, pas simplement au sujet de la connaissance des règles et des limites, des dangers de certaines pratiques, mais pour affermir aussi, la confiance en soi, l’expression de soi, et le respect des autres.

Le forum s’inscrit dans la continuité de nos politiques de proximité, et dans un dispositif plus vaste encore, des campagnes sur les relations entre filles-garçons, de l’initiation aux règles démocratiques, à travers le conseil municipal enfants, etc. Bref, du passage, si délicat et si passionnant, de l’adolescence à la citoyenneté.

Raison de plus pour défendre une fois encore, nos politiques de proximité, tournées vers la jeunesse et l’intérêt général, mais que l’austérité met à mal, année après année. Au mot coût, je préfère le mot investissement.

Je vous remercie et vous invite à poursuivre le forum, avec la pièce de théâtre de la Compagnie Le lien, intitulée « Accro à quoi ? ». Merci à tous.